Drop Down MenusCSS Drop Down MenuPure CSS Dropdown Menu

26 septembre 2016

Nissa la bella

Hommage à Nice
Je reprends le fil de ce blogue après une pause de quelques mois. C'est avec plaisir que je vous retrouve aujourd'hui. Ce billet de reprise est consacré à l'une des plus belles villes de France, une ville meurtrie le jour de notre fête nationale : Nice le 14 juillet 2016.

86 personnes innocentes ont perdu la vie sur la Promenade des Anglais avec 434 blessés à cause de l'attentat largement prémédité commis cette nuit-là par un chauffeur-livreur d'une trentaine d'années, père de famille connu pour des faits de violence. Des personnes blessées restaient encore hospitalisées ce mois-ci ; mes pensées vont vers les victimes, les personnes blessées et leurs familles.
 
Nice : l'hôtel Négresco et la Promenade des Anglais.
Une émission de la France le 19 mai 2009.
Conception graphique Étienne Théry / photos de l’agence ANA / Phil@poste.

Plusieurs timbres-poste sont consacrés à la ville de Nice, dont celui avec la Promenade des Anglais émis en 2009 dans un carnet La France en timbres. Ce site célèbre est fréquenté depuis le début du XVIIIe siècle où les aristocrates anglais avaient pour habitude de choisir Nice comme lieu de villégiature hivernale. Le Chemin des Anglais deviendra la Promenade au XIXe siècle, un passage qui offrait déjà un bel aspect en 1882.

 La France en timbres Post images of France,
un carnet de 8 timbres-poste émis le 19 mai 2009 à validité permanente
et à destination du monde entier.

La couverture du carnet La France en timbres :
Azay-le-Rideau, Notre-Dame de Paris, Le Mont Saint-Michel...

 
Affiche L'hiver à Nice, 1890.
Chéret Jules, Médiathèque de Chaumont,
vue sur Gallica BNF (domaine public).

La ville de Nice est historiquement la dernière grande ville à être devenue française par le vote d'avril 1860 des habitants du Comté de Nice. Le traité de Turin prévoyait la réunion de la Savoie et de l'arrondissement de Nice (circondario di Nizza) à la France. Ainsi 2010 fut l'année du sesquicentenaire du rattachement de la ville au pays des Gaulois, puisqu'il est affirmé dès la pré-campagne présidentielle de 2017 que nous serions issus de ces guerriers chevelus vaincus par Jules César. Cette question de l'identité nationale est présente depuis au moins cinq ans en France : le discours présidentiel du Puy-en-Velay soulignait le 3 mars 2011 l'héritage de civilisation et de culture de la chrétienté. 

Dans un billet cette année au sujet du coq gaulois, j'avais mentionné le dieu Lug mais nos identités se nourrissent d'une multiplicité de récits piochés dans le roman national, avec par exemple Chlodowig le roi des Francs montré sur le timbre-poste de 2012 de la bataille de Vouillé en 507. Nous avions une représentation de fibule mérovingienne sur une carte de correspondance Grandes heures de l'histoire et son enveloppe figurant Anastase Ier Perpetuus Augustus. Avec légèreté, je dirais que ce fut un moment unique pour les envois de moins de 50 grammes.
  
Pour aller un peu plus loin, l'idée d'ancêtres gaulois est une notion territoriale plus que généalogique. L'historien Fernand Braudel associait à la fin de sa vie la Gaule ancienne, premier espace, à la théorie des frontières dites « naturelles » dans son ouvrage L'identité de la France (1986). Tout en écartant l'idée d'une Gaule personne morale, l'auteur admettait une continuité en soulignant le caractère contingent de la politique de nos rois. Il ressort de son chapitre sur les frontières naturelles que la Gaule ancienne a été longtemps hors de la mémoire historique de notre pays (jusqu'au XVIe siècle). L'idée d'une coïncidence de la Gaule avec la France culminera surtout avec le testament prêté au cardinal de Richelieu en 1642. C'est la nature qui fixe à la France ses frontières : le concept se retrouve chez Danton en 1793 justifiant l'annexion de la Belgique. Puis, selon l'historienne Carole Reynaud-Paligot, au XIXe siècle c'est Napoléon III qui utilisera la référence aux Gaulois.
 
Les grandes heures de l'histoire de France : Charlemagne. 
Une émission de la France le 13 avril 2015.
L. Boursier / Phil@poste.
Serge Berstein, rédacteur de l'article France de l'encyclopédie Universalis Le Monde, rappelait en 2009 le brassage des peuples sur cette extrémité occidentale de l'Europe géographique avec une mosaïque de « menues communautés éphémères ». L'unité du monde gaulois avant la guerre des Gaules et la romanisation qui suivit ne paraît pas évidente ; le premier espace auquel faisait référence Fernand Braudel était déjà un territoire romanisé. La conquête transformait ce territoire en un simple élément de l'empire universel rêvé par Rome jusqu'aux invasions barbares. « Il faudra attendre le IXe siècle pour que le partage de l'empire franc constitué par Charlemagne permette que s'individualise une Francia occidentalis, noyau originel de la France » notait Berstein. Le sentiment national a donc été lent à s'affirmer.
L'approximation gauloise de nos origines n'est pas blâmable quand elle exprime l'amour du pays. Au plus tard en 1991 avec le discours de réception à l'Académie de Hélène Carrère d'Encausse, « les fiers Gaulois à têtes rondes » ont compris que des généalogies étrangères donnent aussi d'éminents citoyens et citoyennes.
 
 Le 150e anniversaire du rattachement
de Nice à la France,
une émission du 14 juin 2010
(Vu sur WikiTimbres).
Stéphanie Ghinéa / d'après photographie Mairie de Nice / Phil@poste.

Le département des Alpes-Maritimes a été ci ici en 2014 avec le village de Coaraze perché sur son piton rocheux. L'émission du centenaire du rattachement de Nice à la France montrait une vue de la baie des Anges qui peut évoquer pour les cinéphiles le film de Jacques Demy en 1963

Sur ce timbre-poste de 1960, le beau sourire appartient à une fleuriste en costume traditionnel niçois coiffée de son chapeau rond en paille tressée nommé "capelina" selon les modèles présentés sur le site Nissa La Bella. Cette fleuriste porte une croix d'or nouée au cou par un ruban.

Le centenaire du rattachement de Nice à la France,
une émission 26 mars 1960
(Vu sur WikiTimbres).
Clément Serveau / Jacques Combet / Postes.

Ci-dessus, dans le coin supérieur gauche, on remarque sous la faciale 0,50 le blason de la ville figuré auparavant sur des émissions de la France en 1942, 1946 et 1958. Le site Vous voyez le topo a montré en 2012 ces armoiries connues dès 1440 où l'aigle passante (en héraldique aigle est un nom féminin) ne lève jamais la patte. Passant se dit de l'animal qui paraît marcher, il semble qu'à l'origine les serres de l'aigle étaient orientées dans le même sens. Les trois monts représentent les monts Alban, Gros et Chauve. Ces sites reçurent un certain nombre de fortifications au fil du temps pour protéger la ville.

Le blason du comté de Nice,
une émission de la France le 26 juin 1946
(Vu sur Phil-Ouest).
Robert Louis / Henri Cortot / Postes.

Ci-dessous un timbre-poste de 1955 montre l'entrée du port et le quai de Rauba-Capeù. Ce nom signifie "vole chapeau" car c'est un lieu très venteux où les vagues viennent se briser sur les rochers ; il a été rénové en 2003.

L'entrée du port de Nice et le quai de Rauba-Capeù,
une émission de la France le 17 octobre 1955
(vu sur Phil-Ouest).
André Spitz / Pierre Munier / Postes.

L'attentat du 14 juillet 2016 à Nice a non seulement supprimé des vies mais encore a entaillé une part de notre imaginaire. Après les attaques subies en 2015 à Paris, c'est un coup porté à la lumière civilisatrice, au rêve d'une Nice héritière d'une forteresse antique  - Nikaia - pacifiée par le commerce, dans une région magnifique, comme d'autres colonies grecques (Olbia à Hyères, Emporion en Catalogne).

Si Nice ne peut oublier les victimes de ce 14 juillet 2016, elle ne change pas d'identité ni sa définition du « vivre en commun ». Le musée Matisse de la villa des Arènes expose 68 peintures et gouaches et des centaines de dessins et de gravures de l'artiste.

"Nus bleus" de Henri Matisse.
Une émission de la France le 13 novembre 1961
(Vu sur Phil-Ouest).
Pierre Gandon / Postes.

Le musée national Marc Chagall réunit des œuvres des cinq périodes de création, de 1903 à 1985. Ci-dessous c'est un détail de la baie ouest du transept nord de la cathédrale Saint-Étienne de Metz qui montre une scène de la chute dans la Genèse : Ève prenant le fruit de l'arbre défendu, séduite par le serpent. Le vitrail a été réalisé par Chagall en 1963. Cette chute a été commentée par Adin Steinsaltz dans l'ouvrage Hommes et femmes de la Bible paru en 1990 (Albin Michel) : « Avec l'Arbre de la Connaissance, un nouveau monde surgit, donnant libre cours au désir et offrant à l'homme un libre arbitre total ».

Ève prenant le fruit de l'arbre défendu,
Cathédrale de Metz, de Marc Chagall,
une émission de la France du 8 juillet 2002
(vu sur Phil-Ouest).
Jacky larrivière / ITVF.

L'écrivain et poète niçois Menica Rondelly glorifiait au début du XXe siècle Nice la belle, sa mer d'azur et son ciel pur. Son hymne Viva, viva Nissa la Bella ! paraît aujourd'hui comme un hommage de tous au courage d'une ville et d'une population ouvertes sur la Méditerranée et sur le monde.

Nice, une vue de la Promenade des Anglais en 1882.
Archives départementales des Alpes-Maritimes, 
Wikipédia domaine public.
Voir
Coaraze, village du soleil, un billet du 14 août 2014
Le coq gaulois, un billet du 17 novembre 2015
Prêts-à-poster Grandes heures de l'histoire, un billet du 20 novembre 2012
Le Traité de Turin, sur la Digithèque MJP
La place forte de Nice, sur Fortiffsere.fr
Chronologie de Nice, sur Wikipédia

Notez :
L'association Promenade des Anges - 14 juillet 2016 a été constituée pour aider les victimes avec le soutien de la Fédération Nationale des Victimes d'Attentats et d'Accidents Collectifs.

28 janvier 2016

Les cœurs Courrèges

Hommage à un créateur d'avant-garde

La Poste propose depuis l’an 2000 une collection spéciale pour la Saint-Valentin, "Cœurs timbrés”. Après Chanel, Cacharel, Lacroix, Torrente, Scherrer, Yves Saint-Laurent, Givenchy, Franck Sorbier, Esteban Cortazar (Emanuel Ungaro), Alber Elbaz (Lanvin), Maurizio Galante, Adeline André, Hermès et la Maison Baccarat, Jean-Charles de Castelbajac, voici Courrèges. La Maison Courrèges fut fondée en 1961 par le couple André et Coqueline.

Ces timbres-poste peuvent être vus aujourd'hui comme un hommage au créateur révolutionnaire André Courrèges disparu le 7 janvier 2016. On lui doit l'introduction en France de la mini-jupe en 1965 dont le cinquantenaire ne fut pas retenu dans la liste des commémorations nationales. Ce mouvement annonçait une femme plus indépendante l'année de la réforme du régime matrimonial. Trois ans plus tard, en 1968, Brigitte Bardot interprétait Contact de Serge Gainsbourg, validant l'aspect science-fictionnel de la silhouette féminine. Une météorite lui avait percé le cœur. L'héroïne Barbarella était née au début des années 1960 et l'exploit de Youri Gagarine avait ouvert avant les Américains l'espace à une génération.

Le bloc-feuillet de cinq timbres-poste gommés Courrèges,
émis le 18 janvier 2016
(Vu sur Phil-Ouest).
Phil@poste.
 
Une foi dans le progrès précédait les escapades illusoires de babas-cool à Rishikesh. Le côté visionnaire chez Courrèges tranchait à l'époque avec l'image très traditionnelle d'une Yvonne de Gaulle. Le graphisme apparemment dépouillé de ces timbres-poste de cœurs Courrèges contient ces réflexions sociétales que les amoureux de 2016 ne percevront pas au premier coup d'œil.

J'ai photographié ce timbre-poste car le scanner habituel ne montrait pas assez l'effet de brillance (iridescence) et les couleurs fluorescentes des cœurs miniatures. Le brillant évoque je pense l'aspect futuriste du style Courrèges (les bottes en PVC).

L'aspect argenté se voit bien sur une
feuille de 30 timbres-poste Courrèges autoadhésifs.
Phil@poste.

Les cœurs fluorescents sont-ils
un clin d'œil au psychédélisme ?
Phil@poste.

Courrèges en 2016 après les timbres cœurs
de Castelbajac en 2015.
Phil@poste.

Ici les timbres-poste de cœurs Courrèges en version gommée.
Phil@poste.

Et demain ?
Ces timbres-poste de cœurs Courrèges ne concernent pas que la mode, ils peuvent conduire à nous interroger sur un futur collectif quand le progrès n'est plus (c'est-à-dire l'espérance en un progrès), en dehors de l'image résiduelle que la publicité en donne.

L'époque fait face à un vide qui devient un marché, le vide recyclant le vide. Même la séduction et le côté « cool » de l'hypermodernité, sur le modèle de Lipovetsky, sont appelés à la fonte. Avec les ours polaires sur le dessus. Un bloc-feuillet français avait été émis sur le thème des ours en 2014, on y remarquait justement un empilement d'ours. Vous mesurez là l'écart avec l'idéologie des années 1960 qui contenait sa part illusoire, c'est-à-dire sa part managériale qui fut par la suite exhaussée avec l'ostentation et le kitsch des années 1980. Tout cela fond et nous aussi avec les ours.

On relira le passage que l'auteur consacre à la mode comme parodie ludique dans L'ère du vide (1983) : « en abolissant tout ce qui ressemble au sérieux [...], la mode liquide les ultimes séquelles d'un monde crispé et disciplinaire et devient massivement humoristique ». En 2016 il se ressent en France que la crispation et un monde plus disciplinaire pourraient revenir comme un décor nettement moins récréatif, mais cela reste un vide. Le droit à la désinvolture serait perdu dans l'histoire. L'ère de la componction (un antonyme de la désinvolture) commencerait, avec un chouïa de monde orwellien. Je souhaite quand même à tous une excellente Saint-Valentin, fête de l'amour qui naît et surtout de l'amour qui perdure.


Voir
André Courrèges, éloge d'une mode moderne sur Libération le 10 janvier 2016
La mort d'André Courrèges, Le Monde du 8 janvier 2016
Contact ! Brigitte Bardot sur YouTube
Pas de mini-jupe en 2015, un billet du 19 janvier 2014
La mode des années 1960, un billet du 11 juillet 2015
Les timbres cœurs JC de Castelbajac, un billet du 2 février 2015 (le baiser eskimau)

Ce billet a été mis à jour le 29 janvier 2016 avec le chapitre sur le futur.
Un billet proposé