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13 mars 2011

Dispersion radioactive à Fukushima

Le 6 avril 2009 un billet avait été consacré au timbre pour le vingtième anniversaire de l'accident nucléaire de Tchernobyl (26 avril 1986) et le Bélarus va émettre le mois prochain son timbre pour le 25ème anniversaire de cette catastrophe qui était l'équivalent d'environ 200 bombes d'Hiroshima. 

Il est dramatique de constater que le Japon se trouve aujourd'hui au bord d'un très grave accident nucléaire suite à la catastrophe liée au violent séisme du 11 mars 2011, avec un début de fusion d'au moins un cœur de réacteur d'une centrale de Fukushima.

Le Japon menacé d'une catastrophe nucléaire :
on mesure la radioactivité après
la pulvérisation de la structure supérieure du bâtiment
abritant le réacteur numéro 1 de Fukushima le 12 mars 2011.



La lecture de l'article du Monde cité dans mes liens n'est pas rassurante du tout : ils tentent de refroidir le truc avec de l'eau de mer ! Une zone de 20 kilomètres a été évacuée mais pourrait être étendue et, comme souvent, les autorités veulent minimiser la réalité d'une situation. Les gens fuient vers le sud. En une heure à Fukushima, on ramasse autant de radioactivité que ce qui est admissible pour un homme en une année. Sur les 55 réacteurs présents au Japon, 11 sont affectés par le séisme. Tokyo se trouve à 250 kilomètres au sud de Fukushima, avec ses 13 millions d'habitants (ville) ou plus de 30 millions (agglomération).

Note ajoutée le 15 mars 2011
Les experts américains à la rescousse
Je vous l'avais dit il y a deux jours : il y a hélas dispersion radioactive. Les particules sortent directement dans l'atmosphère (césium 137). Une zone d'interdiction aérienne de 30 kilomètres autour des réacteurs est mise en place. Le rôle de la météo est crucial. Selon l'Agence de Sûreté Nucléaire française, qui classe l'accident radiologique au niveau 6 désormais, la crise nucléaire pourrait durer des semaines Le Japon vient de demander l'aide des experts américains pour les questions liées au refroidissement des réacteurs.

Un ensemble de 4 réacteurs pose problème
Les conséquences humaines et économiques seront grandes, pas seulement pour l'archipel nippon. Il y a défaut d'étanchéité d'au moins une enceinte de confinement d'un réacteur (on voit une certaine confusion dans les brèches annoncées sur les numéros des réacteurs mais il s'agit du numéro 2) et fusions partielles confirmées sur les réacteurs 1, 2 et 3 selon le quotidien Libération cité dans mes liens. Le réacteur numéro 4 connaît également un problème grave au niveau d'une piscine de refroidissement du combustible. L'opérateur japonais pourrait avoir des difficultés à trouver les personnels qui acceptent d'intervenir sur ces réacteurs.

Le Pacifique, poubelle radioactive à venir ?
Il est clair qu'en fonction de la direction des vents dans les jours qui viennent, l'Océan Pacifique est en première ligne, particulièrement la côte Ouest des États-Unis. Les particules mettraient une dizaine de jours à faire le tour de la Terre. On s'étonne que le gouvernement français parle déjà d'éventuelles mesures de protection sur Saint-Pierre et Miquelon, archipel pourtant situé dans l'Atlantique Nord.

Quitter le Japon
Pour ceux qui le peuvent, il est l'heure de s'éloigner du Japon. Ne prenez aucun risque pour vous et vos proches : la santé n'a pas de prix. Pour ceux qui restent, calfeutrez-vous suivant les indications des autorités, sans paniquer.

Pour ceux qui souhaitent s'équiper d'un détecteur de radio-activité, ça peut être utile, pour le futur : un détecteur de radio-activité. Lire Mesure de la radio-activité et protection civile de Luxorion. Il existe aussi un site sur les déchets radioactifs, avec des données sur les normes.




Note ajoutée le 16 mars 2011
La prière de l'Empereur
L'Empereur du Japon Akihito vient d'intervenir : il prie et exprime son inquiétude pour la population.  Donc la troisième puissance mondiale ne sait plus où l'accident nucléaire de Fukushima va la conduire et s'en remet aux dieux, à la providence ou à la nature, tout en souhaitant que l'action des courageuses équipes d'intervention porte ses fruits.
 
à la télévision, l'Empereur du Japon.


400 millisieverts par heure
près d'un réacteur
le 15 mars 2011
voir définir le Sievert.

As reported earlier, a 400 millisieverts (mSv) per hour radiation dose observed at Fukushima Daiichi occurred between Units 3 and 4. This is a high dose-level value, but it is a local value at a single location and at a certain point in time. The IAEA continues to confirm the evolution and value of this dose rate. It should be noted that because of this detected value, non-indispensible staff was evacuated from the plant, in line with the Emergency Response Plan, and that the population around the plant is already evacuated.
La centrale de Fukushima : 
intervenir là, c'est y laisser sa santé et peut-être sa vie.


Fukushima, nouveau Pripiat ?
Pripiat en Ukraine était une ville proche de Tchernobyl qui comptait environ 50.000 habitants. Elle fut évacuée définitivement le 27 avril 1986 après l'accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl, et reste inhabitable pour plusieurs siècles. Si Fukushima City (300.000 habitants), plus éloignée (65 kms) que Pripiat (2 kms) d'un site nucléaire gravement accidenté, ne connaît pas un sort comparable de ville-fantôme, elle pourrait devenir un enfer pour sa population durant des décennies. Qui voudra y vivre, y élever ses enfants demain ? Le site News Essentials indique le 16 mars 2011 des premières traces d'iode et de césium radioactifs dans l'eau de la ville.

Contamination des exportations et de la chaîne alimentaire
La suite logique d'une aggravation de la situation serait aussi la contamination d'une partie des produits exportés par le Japon, et des produits de la mer habituellement consommés par les Japonais, du fait de la contamination du milieu marin.  L'eau et le sol seraient aussi concernés, surtout si le vent ramène parfois des rejets radioactifs vers l'archipel nippon. Dès à présent, l'Union Européenne préconise un contrôle des aliments importés. Si le Japon importe beaucoup d'aliments transformés, il est aussi un exportateur de ces produits, principalement à destination des États-Unis, de Taïwan, Hong Kong, et de la Corée du Sud.

La contamination de l'environnement serait a priori plus localisée que celle observée à Tchernobyl, mais hélas plus forte, selon un responsable de l'environnement à l'Institut de Radioprotection et de Sûreté du Nucléaire.

B.W. Emerson,  dans son article sur la protection du public cité dans mes liens, indiquait en 1988 au sujet des suites de l'accident de Tchernobyl :
"Les mesures à prendre en cas de rejet prolongé de matières radioactives se dispersant très loin et pouvant affecter de vastes zones n'étaient pas prévues dans le détail".
Souhaitons que, cette fois, les mesures soient prévues et qu'on dise tout de suite la vérité aux gens au sujet de l'impact de la catastrophe radiologique de Fukushima sur la chaîne alimentaire.



Note ajoutée le 17 mars 2011
Ultimes actions pour rester une catastrophe
Tout est fait pour refroidir les réacteurs : hélicoptères de l'armée, canons à eau alimentés par des citernes, tentatives pour remettre en service les pompes alimentant en eau les piscines de combustibles et les réacteurs eux-mêmes. La France a envoyé 95 tonnes de bore pour retarder la fusion nucléaire et du matériel de  radioprotection (masques, combinaisons) au Japon. Les procédures de sécurité incluent une injection de bore dans le cœur des réacteurs accidentés, pour limiter tout risque de criticité. Par ailleurs, l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique recherche des informations sur des robots capables de travailler en environnement hautement radioactif.

Aider les populations 
La Fondation de France a ouvert un fonds pour aider les associations japonaises proches des sinistrés. L'Ambassade du Japon en France précise dans un communiqué les conditions de l'envoi de dons suite au séisme survenu le 11 mars 2011.

La radioactivité en France 
L'impact de l'accident de Fukushima sur le territoire métropolitain semble devoir être réduit, du fait d'une dilution atmosphérique. Cependant, vous pouvez consulter le site de surveillance de la radioactivité de l'air en temps réel géré par l'IRSN mais l'accès aux mesures est difficile, à cause de l'afflux actuel des demandes.

"Aucun niveau de rayonnements n'est universellement reconnu comme «sans danger»". Dans Slate.fr, le 18 mars 2011 [ajouté le 19 mars 2011].

Malgré la lenteur de l'extraction des données, j'ai pu accéder par une autre adresse URL sws.irsn.fr à des mesures de la radioactivité dans l'environnement (air ambiant). Ci-dessous, pour le cas de Saint-Pierre et Miquelon, évoqué par la Ministre française de l'environnement aujourd'hui en raison de la situation  de l'archipel dans l'hémisphère Nord, par exemple du 1er au 17 mars 2011.

Saint-Pierre et Miquelon va donc nous servir d'indicateur avancé pour un risque à venir sur la métropole, mais si ça bougeait on le saurait de toute façon d'abord par les américains.

Mesures effectuées au Point Saint-Pierre et Miquelon
débit d'équivalent de dose moyen dans l'air ambiant,
en nanosievert par heure.

Mode opératoire : une fois sur le site web sws.irsn.fr, choisir en bas votre carte géographique, l'agrandir au besoin, puis à droite de votre écran, dans visualiser les équipements, cochez Sonde de télésurveillance Air. Cliquez ensuite sur le petit symbole représentant une sonde en gris sur votre carte et faire Continuer dans la fenêtre Extraction des données. Puis, dans la nouvelle fenêtre qui apparaît, cliquez sur la ligne Air Ambiant. Choisissez votre onglet : graphique ou mesures.


Pour information, en Suisse la moyenne journalière du débit de dose ambiant varie de 80 à 260 nanosieverts par heure (nSv/h) et les sud-coréens estiment que 300 nanosieverts par heure sont un maximum pour un taux normal de radioactivité dans l'atmosphère. Saint-Pierre et Miquelon a une mesure de 86 nanosieverts par heure le 16 mars 2011, avec une incertitude de +/- 30 %, c'est normal. 

Voici un autre graphique pour la ville de Rennes, par le premier site Criter Japon, que j'ai enfin pu consulter à 21 heures 40 : on a des valeurs autour de 80 nanosieverts par heure entre le 15 mars et le 16 mars 2011.

Rennes, mesures effectuées au point 32,
par le site web Criter Japon de l'IRSN.


 Fukushima  
=
 7 millions de fois 
la radioactivité de Paris.


Le point Paris Place de la Concorde mesurait 54 nanosieverts par heure, le même jour, c'est à dire environ 7,4 millions de fois moins que les 400 millisieverts par heure constatés le 15 mars 2011 près d'un réacteur de Fukushima. Là, ça parle davantage.

1 millisievert = 1 million de nanosieverts. 400 millisieverts = 400 millions de nanosieverts.
400.000.000 / 54 = 7.407.407 fois la radioactivité ambiante actuelle de Paris.


 


Note ajoutée le 18 mars 2011
Le gobelet d'eau et le tuyau électrique
Il est trop tôt pour tirer des leçons ou remettre en cause éventuellement des choix énergétiques car trop de japonais souffrent et souffriront des suites du séisme, dont la catastrophe radiologique de Fukushima fait hélas partie.

Ce qui frappe, c'est le bricolage autour d'une centrale nucléaire : un hélico qui déverse sur le site accidenté son gobelet d'eau de mer dont le contenu part pour moitié au vent, un branchement électrique qui dans notre imaginaire n'est pas très différent de celui d'une grosse machine à laver dont le dessus aurait cramé, des canons à eau anti-émeutes qui viennent pour éteindre le feu, non du peuple mais de l'atome. Ces images nous sont montrées et, pendant ce temps, les indices boursiers défilent sans avoir la décence de s'interrompre dans un contexte aussi grave. Plus tard, bien plus tard, les sociologues nous diront à quoi cela correspond.

Simulation de la dispersion atmosphérique
Voici une simulation de la dispersion des rejets radioactifs de Césium 137  dans l'atmosphère jusqu'au 20 mars 2011 depuis la centrale de Fukushima : c'est une animation de l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire.  En mesure réelle, sur l'agglomération de Tokyo, on avait 60 Bq/m3 pour l'activité Césium 137 le 15 mars 2011 à 11 heures et Tokyo n'est pas le secteur le plus exposé. Rappelons que le Césium 137 rentre sans difficulté dans la chaîne alimentaire. L'IRSN a publié en février 2010 des tableaux qui établissent une équivalence du becquerel au sievert pour les activités alimentaires, dans le cas de Tchernobyl (au printemps 1986).

Japon : les rejets radioactifs dans l'atmosphère,
concentration de césium 137 jusqu'au 20 mars 2011,
d'après une simulation de l'IRSN.





Note ajoutée le 19 mars 2011
La contamination alimentaire en marche
Concrètement, les éléments suivants sont contaminés à proximité de la centrale accidentée, dans une zone assez large pour un pays comme le Japon : le sol, l'eau, les feuilles donc les légumes, l'herbe donc les animaux, le gibier, les racines, les champignons, les poissons, le lait. Lire l'article de Sciences et Avenir du 17 mars 2011.

La contamination de l'eau et des aliments au Japon
ne fait que commencer.


Des traces d'iode radioactif
relevées dans le robinet à Tokyo.
L'Italie vient de renforcer sa surveillance des aliments importés du Japon emballés et expédiés après le 11 mars 2011, y compris les plantes séchées, le soja, le thé, les algues et le sésame. L'Agence Canadienne d'Inspection des aliments indique pour sa part que les événements au Japon ne présentent aucun risque pour l'alimentation au Canada mais ne donne pas pour l'instant une information détaillée.

Les autorités de plusieurs pays d'Asie ont annoncé qu'elles mènent des tests sur les produits alimentaires importés. Une correspondante me dit que les gens sont inquiets à Singapour.  L'Office Fédéral de la Santé Publique en Suisse indique qu'il n'y a aucune raison d'éviter les aliments japonais, pour l'heure.

Le tsunami mais surtout les fuites radioactives affecteront l'autosuffisance alimentaire du Japon, selon le site La France agricole.

"Les produits agricoles et des produits de la mer provenant des zones contaminées sont dangereux à consommer. Essayez d’économiser la nourriture et de ne pas la gâcher".
Dans les conseils du site Japan TWogether, pour se protéger du rayonnement.

Mutations génétiques et cancers pour les liquidateurs
Il paraît maintenant clair que les personnels exposés près de la centrale de Fukushima reçoivent des doses importantes. On espère que des roulements fréquents dans les équipes d'intervention permettent de limiter au maximum l'exposition de ces personnels courageux. J'entends le mot kamikaze, et c'est terrifiant. Les journalistes ne devraient pas l'employer par respect pour ces personnels car ce n'est pas du tout cet état d'esprit. Lire l'article de l'Usine Nouvelle du 17 mars 2011. J'ai vu à la télévision l'expression  décomposée du visage d'un responsable des équipes d'intervention qui s'est excusé auprès des familles de pompiers, et j'ai alors compris.



Note ajoutée le 20 mars 2011
Premiers signes de radioactivité en Californie
Des éléments radioactifs en faible quantité ont été détectés en Californie, mais le principal sujet d'inquiétude reste l'évolution de la météo au Japon. Lire l'article du Nouvel Observateur du 19 mars 2011. La France pourrait être concernée à partir de Mercredi 23 mars 2011 selon Le Parisien. Acquérir des pastilles d'iode en France n'aurait aucun sens à ce stade, en revanche les aliments importés sont à surveiller de près.

Vers un sarcophage
Relancer les circuits de refroidissement est un espoir mais l'état des pompes des différents réacteurs pourrait rendre le rétablissement de l'électricité insuffisant. D'autant que pour remettre l'électricité partout, il faut interrompre l'arrosage en continu, et le réacteur numéro 3 doit être refroidi (ce réacteur fonctionne au combustible MOX, plus réactif que les combustibles classiques). Pourtant, la situation est dite stable au 20 mars 2011. Stable dans la dangerosité.

La construction d'un sarcophage (sable et béton) serait plus complexe qu'à Tchernobyl, en raison de la pluralité des réacteurs à recouvrir : Fukushima et ses environs deviendraient un territoire interdit permanent, avec défense de poser un sac-à-dos à terre, dans un Japon densément peuplé. De plus, avant la construction d'un tel édifice, la structure de la centrale endommagée resterait à ciel ouvert pour refroidir d'abord ses éléments : pendant ce temps, la radioactivité se diffuse toujours.

 " Fukushima deviendrait la plus grande ruine nucléaire du monde, devant Tchernobyl ".  Le Point.fr, le 20 mars 2011.

25 ans après, la boucle avec la catastrophe de Tchernobyl serait faite : une méga structure pour le second sarcophage du réacteur numéro 4 mesurant 257 mètres de large, 150 mètres de long, 105 mètres de haut et coûtant d'après la BERD au moins 1,5 milliard d'euros à la communauté internationale pour... 100 ans. On peut penser sans se tromper que le sarcophage de Fukushima coûterait plus cher encore, avec le risque sismique à intégrer.



Note ajoutée le 21 mars 2011
La situation au 20 mars 2011 selon l'IRSN
On nous affirme qu'il y aurait une stabilisation,  mais la lecture du point de la situation selon l'IRSN au 20 mars 2011 ne rassure pas. Sur le réacteur 1 : 70% du  cœur du réacteur endommagé. Sur le réacteur 2 : 33% du cœur du réacteur endommagé. Sur le réacteur 3 : cœur endommagé et partiellement dénoyé, montée en pression exigeant une dépressurisation d'enceinte entraînant de nouveaux rejets radioactifs. Sur le réacteur 4 :  la salle de commande est très irradiante. Voyons pour les piscines : la 1 a une fuite, la 2 est en ébullition, sur la 3 le niveau d'eau maximal possible est diminué en raison de la destruction probable de la dalle anti-missiles à la verticale de la cuve, dans la 4 une première ébullition a été stoppée, dans les 5 et 6 les toits ont été percés. Voir le détail de la situation.

Nous dit-on la vérité ?
Tchernobyl en 1986 nous a appris une chose : ne rien croire trop vite. Nous sommes conscients de cinq réalités déjà :
1.  oui, les choses sont graves,
2.  oui, la radioactivité ne s'arrête pas aux frontières du Japon,
3.  oui, l'alimentation, le sol et l'eau sont contaminés au Japon,
4. oui, il y a et il y aura des mensonges autour de Fukushima,  car c'est le domaine sensible du nucléaire. Ce fut le cas après Tchernobyl, et aujourd'hui il serait naïf de penser à une communication très différente 25 ans après. La probabilité de mensonges est donc élevée (par minimisation surtout).
5. non, il ne sera pas vraiment rendu justice aux victimes de la contamination de Fukushima, le coût d'indemnisation serait trop grand. Voir le dossier judiciaire de Tchernobyl encore débattu fin mars 2011 à Paris.

C'est quoi ce MOX au réacteur 3 ?
Il y a du combustible Mox, considéré comme hautement toxique, sur le réacteur numéro 3 de la centrale de Fukushima. Mox est l'abréviation de Mélange d'OXydes.
"Le Mox pour les réacteurs japonais a été produit par la France, en utilisant des scories nucléaires envoyées par le Japon." sur le site Mille Babords.org
Le Mox est extrêmement plus réactif qu'un combustible classique, son point de fusion est plus bas et cela rendrait la gestion de la situation beaucoup plus délicate. Ce Mox aurait été fourni par la société AREVA et chargé pour la première fois sur le réacteur 3 de Fukushima en août 2010, selon le site MediaBeNews.

Il n'est pas évident de trouver une information précise pour dire dans quelle mesure le travail des équipes d'intervention serait rendu plus difficile par la présence de ce combustible Mox au réacteur 3. On note un ordre d'évacuation d'une partie des techniciens ce jour, suite à un dégagement de fumée grise au-dessus du réacteur numéro 3, arrosé en permanence. Il ne s'agirait pas d'un rejet de vapeur associé à une décision de dégagement volontaire mais d'un incendie, sans qu'on sache dire exactement sur quel élément de la structure...
"The number of latent cancer fatalities resulting from an accident could increase by as much as a factor of five for a full core of MOX fuel compared to the same accident with no MOX." Edwin Lyman, sur le site NTI.
Pour équilibrer les choses, notons que EDF, la société AREVA et le CEA participent activement à l'aide apportée au Japon pour faire face à la situation.


Juste au-dessus de Fukushima
Au début, l'image tangue mais à partir de 30 secondes on voit clair.  Bon sang, c'est dégradé.

Survol des installations de la centrale de Fukushima.



Note ajoutée le 22 mars 2011
Cartographie de la radioactivité japonaise
Voici deux sites qui permettent de se faire une idée de l'évolution de la radioactivité dans les préfectures de l'archipel nippon, d'après les données collectées par le système SPEEDI (System for Prediction of Environment Emergency Dose Information). Elles sont mesurées en nano-gray (1 milliardième de gray) par heure (nGy/h) qui représente le débit de dose. "Under Survey" signifie que les mesures sont en train d'être relevées. Il s'agit des données maximales enregistrées sur une préfecture donnée. Il faudrait les recouper avec des mesures indépendantes, dans l'idéal. Si les mesures de Fukushima sont absentes un peu trop, il pourrait s'agir d'une censure ou bien les appareils sont endommagés. Il est demandé de ne pas prendre de décision (déplacement ou autre) sur la base de ces cartes. La préfecture d'Ibaraki, au sud de Fukushima, semble plus fréquemment publiée.

Radioactivité par Préfectures sur TargetMap.com.

La carte simplifiée, s'alimentant aux mêmes
données en temps réel collectées par SPEEDI.


Fumée noire : mystère et boule de gomme !
Alors il y a eu hier cette fumée grise ou noire sur le réacteur numéro 3 et l'IRSN ne sait pas dire pourquoi dans son point du 21 mars 2011. Veut-on nous cacher ce qui a brûlé le 21 mars 2011 dans l'enceinte du réacteur numéro 3 de Fukushima ? Qu'est-ce qui s'est échappé exactement dans l'atmosphère à ce moment-là, entraînant un ordre d'évacuation temporaire des techniciens ?

J'ai lu le 16 mars 2011 que l'enceinte de confinement du réacteur numéro 3 est partiellement endommagée, mais dans quelle mesure aujourd'hui ? Voir Il faudra traiter la zone des dizaines d'années, sur 7 sur 7.be.

De plus, l’IRSN reste préoccupé par le risque de cristallisation du sel injecté avec l’eau de mer dans les cuves des réacteurs (corrosion, impact sur le refroidissement des cœurs, risque de blocage de soupapes…).

La contamination des eaux poissonneuses
La radioactivité s'étend à l'eau de mer. Poissons et coquillages ne pourront qu'absorber les éléments radioactifs, comme la centrale accidentée est très proche du littoral : les pluies et le ruissellement de l'eau déversée depuis des jours sur les réacteurs n'arrangent rien.

En Europe : une radioactivité très diluée
Les vents transportent les particules radioactives à très haute altitude, à un niveau de concentration faible. C'est vrai et, en même temps, ces particules vont contribuer à augmenter la radioactivité présente dans notre environnement puisqu'elles finiront inévitablement dans le sol et l'eau. Le pari  fait sur la dilution n'est pas nouveau dans l'industrie nucléaire : voir diluer la radioactivité.

Des gaz de fission rejetés, aussi...
Je vois qu'il y a des isotopes radioactifs gazeux échappés des réacteurs, c'est-à-dire du Xénon et du Krypton au moins. Il doit s'agir de Xénon 135 et de Krypton 85. L'IRSN affirme que les produits de fission vaporisés sont les vrais dangers (sans doute pas ces gaz-là), alors que le CCSM canadien les trouve relativement inoffensifs pour les humains.

La sonde de télésurveillance Air de Saint Pierre et Miquelon
Le 17 mars 2011, la sonde de télésurveillance Air de Saint-Pierre et Miquelon se trouvait sur la carte à Miquelon, plus au Nord. Aujourd'hui 22 mars 2011, on la retrouve à Saint-Pierre, sans que le site des mesures de l'IRSN précise pourquoi elle a changé d'emplacement. Il ne s'agit pas d'une distance très grande, mais j'aime bien quand je compare dans le temps avoir des choses stables. Ces mesures sont toujours autour de 90 nanosieverts par heure.


Note ajoutée le 23 mars 2011
Le point de la situation à Fukushima
Je commence par une bonne nouvelle : les réacteurs numéro 5 et 6 vont bien. La mauvaise nouvelle, c'est que la centrale de Fukushima diffuse  encore sans aucun filtre les radioéléments dans l'environnement. Les réacteurs n°1, 2 et 3 restent dans un état particulièrement critique. Le réacteur numéro 1 nécessite une dépressurisation avec rejet d'éléments radioactifs. Au sujet du réacteur numéro 2, le cœur reste  partiellement dénoyé, comme pour le réacteur numéro 3, avec une irradiation forte exigeant l'évacuation du personnel. Sur le réacteur  numéro 3, l'enceinte de confinement n'est plus étanche avec un rejet continu de radioéléments dans l'environnement. Voir le détail du point de l'IRSN au 23 mars 2011.

De quoi se compose le panache qui survole l'Europe ?
Si tout le monde s'accorde à dire que le panache issu des rejets continus de la source Fukushima est très dilué au-dessus de l'Europe, on ne sait pas exactement de quoi il se compose. L'IRSN donne néanmoins des indications au 22 mars 2011: gaz rares, iodes, césiums, tellures... C'est quoi le tellure ? Ah, c'est un métalloïde tératogène (pas bon pour le  fœtus), facilement pulvérisé et absorbé par la peau, et la plupart de ses composés sont toxiques (atteintes au foie et au système nerveux central). J'en ai marre d'être curieux, des fois.

Fukushima : un cocktail de rejets continus.


Le fin détail devrait être connu plus tard, après analyse je crois à Orsay en France, puisque les balises de l'IRSN ne le précisent pas. Il n'y a pas de plutonium cité.
"Ce ne sont pas seulement les niveaux de radioactivité libérée qui sont importants, mais aussi leur répartition dans le temps ainsi que les formes chimiques et physiques de ces matières". Nuclear Energy Agency, évaluation des incidences radiologiques et sanitaires de Tchernobyl, 2002.
Si les choses sont faites avec sérieux, malgré les difficultés qu'on imagine sur le site accidenté, les mesures quotidiennes et précises des rejets enregistrés de la source Fukushima devraient être publiées par les autorités japonaises, sans rien omettre.

S'alimenter au Japon peut être dangereux
Voici une liste de produits contaminés au Japon ou en provenance du Japon : outre l'eau du robinet et le lait, les fèves, les graines de colza, le kakina (un légume à feuilles vertes au Japon), les épinards, le persil, les choux, les choux-fleurs, les brocolis, d'une façon générale tous les légumes à feuilles larges, les produits de la mer provenant des eaux à proximité de la centrale accidentée.

Les composants électroniques japonais sont-ils radioactifs ?
C comme composant ou contaminé
Pour l'instant, l'attention se focalise sur la contamination de l'alimentation et sur la dispersion atmosphérique des radioéléments de la source Fukushima, mais la question de la radioactivité des composants électroniques (présence de particules radioactives sur et dans les composants qui les rendent eux-mêmes radioactifs) fabriqués au Japon va se poser. Ce pays fournit un bon tiers des composants produits dans le monde. La pénurie de composants est une question, la santé en est une autre : les journalistes de la presse économique me paraissent légers sur ce dernier point. On sait maintenant que la contamination s'étend sur des zones considérables au Japon [information ajoutée le 28 mars 2011].

On ne dispose pas encore d'informations précises à ce sujet, mais au moins un quart des plaquettes de silicium nécessaires à la fabrication des semi-conducteurs est produit à 200 kilomètres de Fukushima. Fujitsu possède quatre usines dans la préfecture de Fukushima, selon  le site Free.tech-portail.free.fr. Voir aussi l'information donnée par ITR News La Menace plane sur l'approvisionnement en plaquettes de silicium.

Application du principe de précaution
Est-ce que le Japon va délocaliser des fabrications pour rassurer les consommateurs et aussi les industriels, nombreux, qui intègrent ces composants ? Les employés qui manipulent chaque jour les stocks de matières premières en amont auront-ils les moyens de se protéger ? Faut-il différer nos achats de produits "high-tech" par précaution ? Des stocks de composants contaminés vont-ils être réintégrés dans des fabrications en Asie ? Quel label protégera le consommateur de biens électroniques ? Beaucoup de questions se posent pour ces produits, dont les enfants et les adolescents sont aussi les usagers, qui sont d'un usage fréquent et placés souvent à proximité du corps humain.

L'Usine Nouvelle a rédigé un article, cité dans mes liens en fin de billet, sur les mesures à prendre pour les stocks industriels de produits manufacturés en provenance du Japon.



Note ajoutée le 24 mars 2011
Situation radiologique
L'Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire (Belgique) indique dans son point pour le 23 mars 2011 :
"Sur le plan radiologique, les débits de dose à proximité de la centrale de Fukushima Daiichi restent stables. Des échantillons d'air prélevés sur le site de Fukushima Daiichi confirment la présence d'iode radioactif et de particules de césium dans l'atmosphère. Seule la concentration en iode-131 dépasse la norme acceptable en ce qui concerne la concentration dans l'air. La concentration en iode 131 de l'air semble cependant pour le moment décroitre.
Des mesures ont également été réalisées dans l'eau de mer près des centrales et une augmentation des concentrations en iode radioactif, en cobalt et en césium a été constatée. Les concentrations en iode 131, césium 134 et césium 137 dépassent les critères de notification. D'autres prélèvements d'eau de mer sont en cours au large de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi.
Une augmentation du dépôt d'iode 131 et de césium 137 a été observée en divers endroits de la zone entourant la centrale".
Des données japonaises 
On trouve des mesures japonaises sur le site de la NISA (Nuclear and Industrial Safety Agency) en nanosieverts pour la centrale de Fukushima Dai-ichi, au point de mesure numéro 4, situé près de l'entrée principale (front of near main gate). Selon un communiqué du 20 mars 2011 du Ministère de l'économie japonais, Tepco dispose d'un véhicule ad hoc qui effectue des prélèvements sur le site accidenté. Le détail des radionucléides dispersés est indiqué selon  les relevés de Tepco : Iodes 131,132,133, Césiums 134,136,137, Tellures 129,132, et un peu de Cobalt 58. On dispose également des schémas de situation pour les 6 réacteurs de Fukushima Dai-ichi au 24 mars 2011.


Une carte indiquant les points de mesure à Fukushima Dai-ichi.
 
Est-ce suspect ou est-ce du plutonium ?
Les journalistes utilisent l'adjectif "suspect" à propos du dégagement qui s'échappe à plusieurs reprises (au moins lundi 21 et mercredi 23 mars 2011) du réacteur numéro 3. Sur place, les responsables disent ne pas savoir si la fumée noire provient de l'enceinte de confinement ou plutôt du bâtiment abritant la turbine.

Le MOX contient 
entre 7 et 8 % de plutonium.

Ce n'est pas la fumée qui est suspecte, ce qui est suspect, c'est le fait de ne pas savoir. C'est surprenant pour un bâtiment endommagé comme celui du réacteur 3, qui fait pourtant l'objet de toutes les attentions. On nous dit de croire que le plutonium reste dans le combustible endommagé et dans les cuves.

Si du plutonium était envoyé directement dans l'atmosphère à Fukushima, avant de se retrouver au sol autour de la centrale, les relevés fournis par Tepco et le gouvernement japonais ne pourraient pas le dissimuler.  La haute toxicité rendrait inconcevable le maintien d'équipes. En même temps, les données sont publiées sur une simple feuille de tableur, à partir de mesures fournies par l'exploitant non recoupées pour l'instant par des mesures indépendantes. Selon le site Boursorama du 21 mars 2011, Tepco avait reconnu le maquillage de rapports de contrôle de ses installations. Boursorama conclut :
"Dans la situation présente, les différends perceptibles entre Tepco et les autorités ne facilitent pas non plus la transparence des informations ni le travail des techniciens qui prennent des risques sur place pour stopper l'escalade".

Le site Effets de serre indique le 24 mars 2011 que la cuve d'acier du réacteur serait percée :
"Selon l’IRSN enfin, les fumées observées depuis plusieurs jours sur le réacteur 3 pourraient venir du corium (un mélange de combustible et de métaux fondus) qui aurait percé la cuve d’acier et interagirait avec le béton de l’enceinte de confinement. Une hypothèse parmi d’autres, souligne l’IRSN. Etrangement, l’organisme n’a pas évoqué d’autres hypothèses, qui seraient pourtant moins inquiétantes. Rappelons que le réacteur 3 utilise comme combustible du Mox, un mélange d’uranium et de plutonium."

Léopardisation de la terre du Japon
Les radioéléments de Fukushima se déposent un peu partout autour de la source, comme les tâches de la peau d'un léopard.

 La contamination fait du Japon son léopard.
(carte imagée ne reflétant pas la réalité d'une dispersion).

La léopardisation signifie que des terres agricoles au Japon seront rendues indisponibles pour des décennies au moins, avec le risque fou de tenter  plus tard de mettre en valeur des hectares contaminés comme en Ukraine, 25 ans après Tchernobyl. Lire l'article du 22 décembre 2010 de Courrier international Cultiver les terres contaminées : un crime écologique ou une riche idée ?

Trois techniciens gravement irradiés
Trois techniciens qui travaillaient au raccordement d'un câble électrique sur le réacteur numéro 3 de la centrale de Fukushima ont été gravement irradiés (entre 170 et 180 mSv) ce 24 mars 2011, dont deux qui opéraient les pieds dans 30 centimètres d'eau ont été hospitalisés. Le transfert vers un établissement de soins spécialisés est effectué. L'eau se serait infiltrée dans leurs équipements de protection (des bottes trop courtes). Ils travaillaient dans un bâtiment abritant la turbine (distinct du réacteur donc), selon un porte-parole de l'Agence de sûreté nucléaire japonaise (NISA).

Le site Abc.net évoque des lésions de la peau, sans pouvoir indiquer un diagnostic précis, l'agence japonaise ne répondant pas à toutes les questions posées. Abc.net écrit :
"these three workers were in plant number three, reactor rather, number three which is the one with the plutonium in it. I've also seen reports today about neutron beams. I don't know much about neutron beams myself, I don't know if you do, but some of the reports suggested they might be connected to plutonium".
Ce site anglophone évoque donc possiblement un lien avec une contamination au plutonium. Un syndrome d'irradiation aiguë est vraisemblable.

La Russie interdit l'importation d'aliments japonais
Un bateau russe a été contaminé dans les eaux proches du Japon. Les services sanitaires de la Russie interdisent donc l'importation d'aliments provenant de plusieurs préfectures japonaises.




Note ajoutée le 25 mars 2011
Une rupture de la cuve du réacteur 3 ?
Dans son point au 24 mars 2011, l'IRSN envisage l'hypothèse que la cuve du réacteur numéro 3 soit rompue avec interaction entre le corium (mélange de matériaux fondus et de combustible) et le béton au fond de l'enceinte de confinement. L'opérateur Tepco annonce le 25 mars 2011 que la cuve pourrait être endommagée.

Corium : désigne le magma à très haute température résultant de la fusion des éléments d'un réacteur nucléaire.

Si l'hypothèse est vraie, on parle bien d'un combustible contenant du MOX, évoqué plus haut dans ce billet. Que nous suggère-t-on ? Que la cuve commencerait maintenant à être percée par le corium, et que le liner métallique puis la dalle de béton, le radier, seraient entamés. Après, c'est le socle rocheux et la terre. En 1979, à Three Mile Island un défaut de refroidissement du réacteur avait conduit à la fusion partielle du cœur, la cuve avait heureusement résisté.

Je rejoins l'idée du site Effets de serre cité plus haut, à savoir que l'IRSN ne cache pas là une éventualité des plus préoccupantes que les journaux télévisés français ont du mal à mettre en évidence, peut-être pour ne pas affoler les gens et le peuple japonais en premier lieu.

Vers une évacuation lointaine obligatoire
C'est à l'honneur de l'IRSN de ne pas se contenter de nous relire les communiqués japonais au jour le jour, mais de se projeter dans le temps, de dire vers quoi nous pourrions aller. Lire Fukushima, danger accru au réacteur 3, de Libération Sciences, le 25 mars 2011.
"Le gouvernement n'exclut pas d'élargir le périmètre d'évacuation à 30 kilomètres autour de la centrale, en fonction de l'évolution des niveaux de la radioactivité". Yukio Edano, Le porte-parole du gouvernement nippon.

Tokyo, ville contaminée
Envisager la durée
Une évacuation programmée d'une mégalopole de plus de 30 millions d'êtres humains n'est pas de la science-fiction. Peut-être le gouvernement japonais travaille sur ce scénario dans un plan de sauvegarde sanitaire. La question va être : quel sera dans le temps l'effet  de petites expositions répétées sur la santé de millions de gens ? Le problème doit être envisagé sur la durée, avec l'aide de la communauté internationale. 300 milliards de dollars ne seront rien (ordre de grandeur du coût probable du séisme et du tsunami), si dans une décennie des centaines de milliers de gens présentent des pathologies associées à des contaminations répétées.

De l'effet des faibles doses
Cela va devenir un problème de santé publique au Japon. Un article intéressant du journaliste scientifique Alexandre Dorosynski, dans le numéro 898 la revue Sciences et Vie en 1992, évoquait l'effet de faibles doses de radiations sur l'organisme humain.

Un autre article signé de Roland Masse sur le même sujet, cité dans mes liens de fin de billet, rappelle utilement que l'hypothèse de linéarité sans seuil est une commodité pour la gestion du risque. Autrement formulé : dire que vous ne risquez pas grand-chose en deçà d'un seuil d'exposition n'est pas faux et, en même temps, c'est une affirmation déduite d'un modèle issu de la gestion du risque. Sans ce modèle, on ne saurait pas pratiquement gérer la dangerosité. Sur des dizaines de millions d'habitants, la statistique peut faire hélas des dégâts, et c'est cela que le chef du gouvernement japonais doit évaluer, en son âme et conscience.


Note ajoutée le 26 mars 2011
Anniversaire du réacteur numéro 1
Le quarantième anniversaire du réacteur numéro 1 de la centrale de Fukushima a été célébré ce samedi indique le site Japon infos.com, dans ces conditions tragiques. Cela tombe très mal, en effet. Ce réacteur avait été mis en service le 26 mars 1971. La centrale de Fukushima ne sera plus exploitée à l'avenir.

Le syndrome chinois
On appelle syndrome chinois l'hypothèse la plus grave, vue par le cinéma, d'une fusion d'un réacteur nucléaire. Quelques blogues commencent à explorer cette éventualité qui n'est qu'une vue de l'esprit, puisque le corium ne peut pas atteindre une profondeur telle. En revanche, la progression du corium vers la terre se traduirait par une contamination extrême de la mer, si proche, et de l'environnement.  Voir la rubrique Actualités du 26 mars 2011 sur le site Nature(s) évoquant à la fin de sa page "l'excursion du corium".

Du thé vert
Rien à signaler au 26 mars 2011
J'ai envie de demander de bien vouloir m'excuser de parler du thé vert dans un contexte si difficile pour nos amis japonais mais enfin, je sais que les gens se posent aussi cette question.

Alors le Japon est le 7e producteur mondial de thé vert. La préfecture de Shikuoza, située entre Tokyo et Nagoya, en produit une bonne partie, également les îles méridionales du Japon : Kyūshū et Shikoku. Pour l'instant, je n'ai pas vu d'informations précises évoquant du thé vert contaminé. Le maximum observé le 25 mars 2011 pour la préfecture de Shikuosa est de  89 nanograys par heure, d'après les données collectées par le système SPEEDI.

L'Union Européenne contrôlera ce qu'elle peut
Il reste de la responsabilité des importateurs de s'assurer de la qualité de leurs produits, et des autorités sanitaires nationales de procéder aux contrôles systématiques indispensables.

Les tests décidés par la Commission Européenne à Bruxelles paraissent limités aux aliments provenant de douze préfectures japonaises. Voir l'Union européenne renforce les contrôles sur les aliments japonais, sur le site 7sur7.be le 25 mars 2011.

Par exemple, la Belgique applique cette décision européenne à partir du lundi 28 mars 2011 :
  • En provenance de 12 préfectures japonaises : tests systématiques pour la teneur en iode 131 et en césiums 134 et 137 avant de quitter le Japon et contrôles aléatoires supplémentaires sur 10 % des produits, à l'arrivée sur le territoire de l'Union.
  • Produits des 35 autres préfectures du Japon : un certificat d'origine suffit. Dans ce cas, des contrôles aléatoires sont effectués sur 20 % des produits, à l'arrivée sur le territoire de l'Union.

Quelle confiance avoir en ces contrôles ?
Devons-nous faire confiance en ces contrôles européens des aliments en provenance du Japon ? Je suis réservé, car comment être sûrs qu'il n'existera pas des mouvements de produits à l'intérieur du Japon, d'une préfecture à l'autre, à des milliers de kilomètres des lieux de sondage (l'Europe ne peut pas tout contrôler) ? Ce n'est pas parce que les volumes importés mesurés en millions d'euros sont peu importants que le risque est absent pour le consommateur.

 Les contrôles décidés par 
l'Union Européenne
sont insuffisants.

Qui va nous assurer de la réalité de ces vérifications ? Quel label visible et daté le garantira ? Doit-on laisser sa santé à  la merci de simples sondages à l'arrivée, si les tests effectués au Japon ne sont pas impartiaux ? Le besoin de faire vite des affaires ne sera-t-il parfois pas plus grand que la défense de la santé des européens ? Qui sera responsable en cas de problème ?

Les flaques, la mer : tout est contaminé
Au sous-sol de la turbine du bâtiment du réacteur numéro 1, se trouverait une flaque d'eau hautement radioactive. On ne sait pas pourquoi. Il y a aussi de l'eau au sous-sol des bâtiments de la turbine des réacteurs 2 et 4 : on se doute qu'elle ne doit pas être bue. Dans la mer, à quelques centaines de mètres de la côte, le taux d'iode radioactif est plus de 1.200 fois supérieur à la normale. Les poissons se porteraient bien selon les autorités. Voir Hausse de la radioactivité en mer, Reuters.com [lien ajouté le 31 mars 2011].

8 mètres avant le socle rocheux
Autant le dire de suite : le corium du réacteur numéro 3 a commencé à percer la cuve. On espère que la matière hautement radioactive va rester coincée dans l'épaisseur en béton du radier. Le premier ministre japonais a déclaré la situation imprévisible.



Note ajoutée le 28 mars 2011
Du sang-froid face à la tragédie
Il me paraît essentiel de garder le sang-froid dans ce qui hélas est une tragédie pour 2011 et les années suivantes, en mettant de côté pour le moment les attaques qui se multiplient contre des choix de société ou simplement contre l'opérateur Tepco.

Se concentrer sur la gestion de l'urgence pour limiter les effets nocifs du désastre est ce qui importe. Ce sang-froid doit inclure aussi le combat contre une récupération sectaire ou religieuse malvenue de la catastrophe japonaise.

Contamination au-delà de 30 kilomètres
On s'en doutait : la contamination dans une large zone autour de la centrale accidentée de Fukushima semble se confirmer. Lire "Fukushima, contamination bien au-delà de la zone des 30 kilomètres", du site du journal Ouest-France le 28 mars 2011. Dès le 23 mars 2011, la FAO, l'OMS et l'AIEA ont publié une déclaration conjointe sur la sécurité sanitaire des aliments.

Le plutonium se fait la malle
L'expression n'est pas de moi, je l'ai trouvée juste. On aurait donc du plutonium dans le sol  autour de Fukushima, d'après ce qu'on entend dernièrement. C'est du plutonium 239 mais aussi 238 et 240, en cinq endroits différents près de la centrale. Est-il au sol par infiltration d'une eau contaminée provenant des réacteurs arrosés (le numéro 3), ou du fait d'une des explosions observées ?

2011-2021, la décennie Fukushima ?
Nous venons peut-être d'entrer dans un cycle incluant le temps technique exigé pour que la source Fukushima soit enfin maîtrisée (long refroidissement des réacteurs puis gestion coûteuse de la ruine nucléaire), et le temps social pour que le traumatisme collectif de la catastrophe soit à peu près absorbé (conséquences agricoles, industrielles, énergétiques, sanitaires, juridiques, politiques...). Nous irions ainsi jusqu'en 2021. Lire Fukushima s'enfonce dans une crise à durée indéterminée, dans l'Express du 28 mars 2011.

 

Note ajoutée le 29 mars 2011
Greenpeace classe l'accident au niveau 7
L'association écologiste Greenpeace situe désormais l'accident de Fukushima au niveau d'un Tchernobyl (accident majeur - niveau 7), sans être suivie par l'IRSN. Lire Le Nouvel Obs, du 28 mars 2011.

Fukushima et le discours médiatique
Sémantique
Un article intéressant sur Le Post le 23 mars 2011 montre (pour la première décade dès le 11 mars 2011) l'évolution du discours, oscillant entre minimisation et confrontation au désastre, dans les moyens d'informations pour rendre compte de la gravité d'une situation au Japon.

Le prix du gaz d'abord
J'ai vu des journaux télévisés français placer un jour une interview d'un footballeur ou la hausse du prix du gaz en France avant l'information sur Fukushima. Est-ce que le niveau proposé par nos journaux télévisés est suffisant ? Sont-ils devenus les parents pauvres de l'information vivante, celle qui passe par l'Internet ?

Ne faut-il pas parfois savoir rompre avec la tyrannie de l'audimat et informer, même si le public décroche ? N'est-il pas du devoir des journalistes d'imposer une hiérarchie dans l'importance des informations, quand des téléspectateurs ne veulent voir que leur clocher ? Est-ce que l'enjeu nucléaire pour la France a empêché des journalistes de procéder à un décorticage rigoureux et méthodique d'une catastrophe ? Ont-ils fait preuve d'un esprit critique suffisant, compte tenu de l'expérience de Tchernobyl en avril 1986 ? Posent-ils assez de questions ?

Le contribuable japonais va payer
La nationalisation de l'opérateur Tepco est évoquée, une manière de refiler le bébé à l'État japonais, c'est-à-dire une charge gigantesque pour les contribuables (indemnisations des personnes et des activités déplacées autour de la centrale ou contaminées, indemnisations des pêcheurs et des exploitants agricoles, coûts sanitaires, coût à venir de la gestion  de la ruine de Fukushima, etc), qui augmentera la dette du Japon (déjà à plus de 900.000 milliards de yens soit environ 7.900 milliards d'euros).



Note ajoutée le 31 mars 2011
Tout a été dit
La minimisation d'une situation, l'extension de la zone d'évacuation, la contamination marine sur le Pacifique, alimentaire, industrielle, le plutonium, la durée du désastre : je crois avoir tout évoqué, avec un peu d'avance parfois. Je crains que les victimes directes et indirectes de l'accident de Fukushima au Japon ne soient un jour hélas oubliées, et les responsabilités jamais véritablement établies. C'est un mauvais rêve qui fait suite au cauchemar. Les hommes évoluent lentement. Des enfants japonais dont les parents sont victimes de Fukushima  attendront encore un courrier de leur avocat dans quinze ans. Beaucoup des acteurs de la catastrophe ne seront plus aux commandes. Ceux qui refermeront un jour cet épais dossier n'auront plus la mémoire de l'angoisse légitime qui saisit aujourd'hui une génération. Les moyens modernes d'information seront passés depuis longtemps à autre chose.

Je reviendrai sur ce thème du nucléaire civil non maîtrisé vers le 26 avril 2011, à l'occasion du 25ème anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl.

Voir
Les timbres du 10ème anniversaire de l'accident de Tchernobyl, sur Colnet.com
Des experts américains redoutent un Tchnernobyl au Japon, Le Monde du 13 mars 2011
Réseau National de Mesure de la radioactivité de l'environnement
Autorité de Sûreté Nucléaire
Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire (Belgique), situation des centrales au Japon
Centrale nucléaire de Fukushima, nouvelle explosion, tout va bien,  un article de DD Magazine le 14 mars 2011 
Fukushima, l'échec de la société thermo-industrielle, le 14 mars 2011, de Biosphère 
La carte des réacteurs nucléaires au Japon, INSC 
Radiation fears after Japan blast, BBC News Asia-Pacific, le 15 mars 2011
Accidents nucléaires de Fukushima, l'article de wikipedia 
Risque accru à le centrale nucléaire de Fukushima, Libération Sciences le 15 mars 2011
Faut-il comparer Fukushima et Tchernobyl ?, sur Rue 89 - Planète 89  le 15 mars 2011
Le commerce des aliments transformés au Japon, Gouvernement canadien, mars 2010
La protection du public après un accident nucléaire, contrôle de la distribution et de la consommation de denrées alimentaires contaminées, par B.W. Emerson, AIEA 1988
Commission canadienne de sûreté nucléaire, informations au sujet du séisme au Japon 
La radioactivité, les seuils d'exposition, sur l'Internaute.com
Japan's nuclear emergency, Washington Post
Nuage radioactif, In & out, le 18 mars 2011 dans Eteignez votre ordinateur 
Aliments contaminés au Japon : des taux très alarmants selon la Criraad, le 19 mars 2011, Le Parisien.fr 
La radioactivité de Fukushima contamine les produits alimentaires et l'eau, le 20 mars 2011, sur City-dz.com
L'OMS juge grave la radioactivité dans des aliments au Japon, le 21 mars 2011, sur Free  
Nucléaire : la catastrophe sanitaire, Le Monde, le 21 mars 2011 
France : habitez-vous à proximité d'une centrale nucléaire ? Sur La vieimmo.com le 15 mars 2011 
Japon : du césium dans les épinards, sur Bioécologie le 21 mars 2011 
Les retombées de la triple catastrophe sur l'économie japonaise, Journal du Net, le 16 mars 2011
Pour les téméraires : corrélation Sievert et becquerels (le forum Futura-Sciences) et question Yahoo Can not find becquerel and sievert conversion ?
Suivre la radioactivité en Belgique, avec le service Telerad, de l'AFCN
Effets de faibles doses de rayonnements ionisants, par Roland Masse [fichier Pdf] avec des données épidémiologiques sur les survivants d'Hiroshima et de Nagasaki, et modélisation de l'effet des faibles doses (page 18). L'OPRI est l'ancêtre de l'IRSN actuel.
L'hypothèse du pire à Fukushima, Le Point le 25 mars 2011 
Le séisme au Japon : questions scientifiques clés, par l'Institut des Sciences de la Terre
De l'iode radioactif en mer, à proximité de Fukushima, sur Aujourd'hui le Japon, le 26 mars 2011
Mes pièces et composants viennent du Japon, que faire ?, sur l'Usine Nouvelle.com du 25 mars 2011 : réception de stocks, où faire analyser les pièces, que faire en cas d'irradiation de stocks ?

Fukushima Leaks, 30 ans d'accidents et de mensonges à la centrale de Fukushima 
De Tchernobyl en Tchernobyls, Science pour vous et moi, de Dominique Leglu, le 28 mars 2011 
Fukushima, silences coupables, sur Hayat Canada

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Merci ! Merci encore pour ces infos !

JD a dit…

Merci pour ce commentaire, et souhaitons aux japonais force et lucidité dans ces épreuves.

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