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28 octobre 2013

Lorenzo Lotto et sainte Catherine

Une sainte comme fiction

Lorenzo Lotto (vers 1480-1556) est un peintre italien né à Venise, dont l'œuvre semble chargée de mélancolie. L'Autriche a émis le 26 septembre 2013 un timbre-poste d'une peinture conservée au Kunsthistorisches Museum de Vienne et réalisée par l'artiste vers l'année 1530. Elle représente une Vierge à l'Enfant avec sainte Catherine, un pseudo-personnage martyr d'Alexandrie, et un Apôtre que j'identifie comme étant Thomas.

Lorenzo Lotto, à l'exemple de tant d'artistes de la Renaissance, réalisait des sujets religieux : c'était un grand marché de l'époque. Il fallait créer ce qui plaisait aux princes ou aux dignitaires protecteurs de l'Église pour survivre. Les puissants voulaient se voir raconter des histoires avec l'art. Ainsi, Lorenzo Lotto peignait à la même période une stupéfiante Annonciation de Recanetti avec son chat fuyant.
Lorenzo Lotto, Vierge à l'Enfant,
avec sainte Catherine.
Une émission de l'Autriche du 26 septembre 2013. 
Prof. Adolf Tuma / Post.at


L'hagiographie chrétienne a fait longtemps de sainte Catherine une déchiquetée du IVe siècle au moyen d'une roue garnie de pointes, et du lait frais sortait de la pauvrette. Les moines avaient de l'imagination, et même beaucoup puisque le personnage de sainte Catherine est probablement une fiction d'ailleurs retirée du calendrier de l'Église romaine en 1970 selon l'abbé Jounel (cité dans mes liens de fin de billet). Elle aurait un statut comparable à Catwoman, si vous voulez. "Le peuple chrétien ne peut être invité à une prière officielle que dans la vérité" : c'est bien dit, et au revoir sainte Catherine.

L'instrument brisé est l'attribut de la sainte, en plus du livre puisqu'elle était dite savante. Le Caravage comme Raphaël auparavant avaient montré un morceau plus gros de la roue dans leurs représentations de sainte Catherine. Chez Lorenzo Lotto, la peinture peut évoquer un arcane du tarot de Marseille, la Papesse, personnage qui tient aussi un livre ouvert.

Détail : l'instrument de torture
de sainte Catherine : une roue brisée garnie de pointes.

Aujourd'hui, un œil moderne y verrait l'image d'une femme émancipée et éduquée, broyée par une société machiste et inégalitaire ne reculant devant aucun moyen pour se défaire d'une femme de tête, sainte ou pas.

La Vierge sur la gauche du tableau oppose un modèle maternel, conservateur, à l'aspiration de la femme Catherine qui envisage un avenir meilleur que de changer les couches du marmot, fut-il divin enfant ou enfant tyran. Et oui, le choix n'était pas laissé : la femme se devait d'être sainte ou nonne pour ne pas finir courtisane ou carbonisée au milieu des fagots secs, comme sorcière dans la Venise du XVe au XVIe siècles.

À l'opposé de la sainte,
un autre femme avec un livre : la sorcière,
du collector français Sorcières, mythes et réalités (2011)
(Louis Maurice Boutet de Monvel).
RMN / René-Gabriel Ojéda / Créapod / Phil@poste.

Voir
Lorenzo Lotto, L'Encyclopédie Larousse
Conférence de l'abbé Jounel, la révision du calendrier des saints (Rome, 1969)

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