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10 novembre 2013

Les célébrations nationales 2014

Une trentaine de commémorations passées au crible

Voici la première liste des célébrations nationales de l'année 2014 avec mes commentaires ; elle est réalisée à partir de la liste des célébrations publiée sur le site web des Archives de France. J'ai introduit des éléments d'actualité pour montrer dans quel contexte il nous a été donné de vivre ces célébrations de 2014. Bon, cela fait un moment que la France d'en-bas se demande où va la France d'en-haut, mais l'année 2014 aura incontestablement marqué une étape dans ce processus interrogatif.

2014 : un déballage qui a surpris les Français
une année avec d'importantes célébrations nationales.
En fond, les unes de magazines populaires
au mois de janvier 2014.

2014 ou le politique pulvérisé
Il s'agit là d'une série de petites mises à jour qui sont relatives au contexte des commémorations en 2014 tel qu'un citoyen le regarde, sans appartenir à aucune formation politique.

Les partis politiques pensent-ils ?
Je confirme la première impression d'un trop grand nombre de commémorations en 2014, compte tenu de l'état du pays. L'annonce d'un nouveau gouvernement en France le 26 août 2014 après seulement 147 jours a marqué les esprits. Il est rare qu'un pouvoir puisse tirer avantage de l'étroitesse d'un socle démocratique, une fois passé le temps court de la nouveauté. J'écrivais que cela fait "scratch" et donc maintenant "scratch" aussi au niveau gouvernemental. Ce tableau fait s'interroger les citoyens sur la capacité des partis politiques à jouer leur rôle : être des lieux d'idées et de réflexion. Durer n'est pas un programme. 

Replâtrer la façade
Bien-sûr, les communicants vont tenter de replâtrer la façade. Bien-sûr, un pouvoir cherchera à annoncer d'autres chiffres pour, classiquement, s'en prévaloir. La nourriture symbolique (les commémorations sont cela) offre une pause au milieu d'une course éperdue aux fruits. Comme dans certaines entreprises, un besoin trop impérieux de résultats peut faire basculer dans le mensonge, alors le "donné-à-croire" devient plus important que le réel lui-même. Parallèlement, l'abstention se fait le signe lucide d'une collectivité testant en toute conscience une sorte de dépressurisation d'une machine pourtant à l'arrêt.

Sourire et civilités
La mise aux archives du redressement productif laisse penser que nos entreprises vont pouvoir se redresser productivement d'elles-mêmes, productivement limiter leurs dividendes, productivement investir, car c'est bien là leur rôle, fières d'être des agents économiques rendus si autonomes. En vérité, les calculs des uns et des autres se font bien-sûr sur l'horizon de 2017, au-delà des sourires ou des civilités que les grands médias nous servent ; le poids des réseaux pourra défaire le lendemain ce qui fut signé la veille. 

Approximations
Des économistes estiment que le discours du Premier Ministre au MEDEF le 27 août 2014 comporte des approximations. La majorité des députés dira si tout cela tient la route. Si ce n'est pas le cas, il conviendra de revoir la copie pour trouver un tout petit peu de confiance. Rappelons que la confiance est un mécanisme réducteur de la complexité : plus votre niveau d'information est élevé, moins elle vous est nécessaire, mais vous pouvez quand même l'accorder.

Qu'un gouvernement tombe ou ne tombe pas, la question de la confiance peut durer un certain temps. Le décalage entre l'appui de la représentation nationale au gouvernement et l'opinion serait un moment à vivre pour les députés de retour le dimanche dans leurs circonscriptions.
L'instrumentalisation de sujets de politique internationale est contre-productive, les citoyens ayant l'impression d'être oubliés par une agitation autour de l'Irak, de l'Ukraine ou d'ailleurs, donnant l'impression que nos élites de se concentrent pas sur les besoins réels de la population française. Un enfumage par la politique étrangère peut irriter, même s'il est important de résoudre un certain nombre de foyers de tensions dans le monde.
Une politique étrangère et de sécurité efficace ne devrait pas trop faire parler d'elle ; c'est le renseignement qui nous sécurise en amont et c'est l'effort invisible des spécialistes de ces sujets qui produit de la sécurité. Bien plus tard, dans des livres ou par des confidences de ministres à la retraite, on apprend à quel point ces services sont importants. Je crois que ni le grand public ni le Parlement n'ont le tableau exact d'une situation au moment où un engagement militaire se passe. Le citoyen voudrait disposer d'une vue d'historien mais ce dernier n'est pas dans l'action. Donc tout examen d'une politique étrangère au moment où elle se passe n'est qu'un voyage au pays de la superficialité. Je peux lire la presse quand même. Fermons cette parenthèse.
La confiance votée le 16 septembre 2014
Le gouvernement a, comme c'était le plus probable, obtenu la confiance avec 269 députés, au lieu de 306 députés au mois d'avril 2014. En vérité, il n'était pas besoin d'un vote de confiance vu que la politique flageole un peu mais reste la même ; disons que c'est un choix respectueux de la représentation nationale.

Le discours du Premier Ministre était volontaire, tiraillé cependant entre les divers courants de sa majorité. Bien que le chef du gouvernement pose la question du pays que nous voudrions pour nos enfants, il prend le risque de laisser les entreprises répondre à notre place. Il y a toujours une forme de crédulité à croire que des chefs d'entreprises ont le temps de penser à la Nation ou seulement à l'intérêt général.

Si c'est un choix stratégique pour la France, comme c'est dit, ne perdons pas de vue qu'une stratégie doit tenir compte de tous les paramètres de l'environnement, pas seulement des entreprises. Je note que le terme stratégie lui-même est moins bon que vision ou dessein, quand il s'agit d'un pays. Le risque est grand de ne satisfaire ni le patronat ni les citoyens. Gouverner, c'est résister ? Je croyais que c'était prévoir. Les Français résistent, eux, car ils n'ont pas le choix. Ils ne font d'ailleurs que cela : résister.

Et contrairement à ce qui a été affirmé, le destin du pays n'est pas obligatoirement lié à celui de l'Europe actuelle ; tout cela devrait être remis à plat, rediscuté avec les citoyens, examiné à la loupe pour déterminer les avantages et les inconvénients des choses, revoir au besoin ce qui a été fait dans le passé.

La conférence de presse du Président le 18 septembre 2014
J'ai suivi avec attention la totalité de la conférence du Président. Bien que je n'y trouve pas beaucoup d'éléments de la vie concrète à part les mesures de défiscalisation pour les contribuables modestes et le plan numérique au collège, la conférence fut d'un bon niveau. Le ton était grave, les ministres étaient attentifs mais je les sentais inquiets. L'état du pays en 2012 a été rappelé, pour situer le point de départ du mandat actuel. Les chiffres de l'économie sont au mieux médiocres et le sérieux n'était pas présent avant 2012, il faut le reconnaître. 

La conférence de presse du 18 septembre 2014 à Paris.

Le Président s'est gardé de faire la moindre promesse quant aux résultats à venir, dans le fort climat de défiance actuel. Il sait que les perspectives économiques vont rester difficiles en 2015.

Il y eut une très jolie pique au sujet de l'Europe de la défense : le fardeau n'est pas partagé avec nos partenaires européens. Bien-sûr ! Surtout que le degré de la menace extérieure ne faiblit hélas pas : la Libye a été évoquée. Le soutien aérien en Irak a été confirmé, donc il n'y aura pas de troupes au sol. 

Les grandes commémorations de l'année ont été défendues, comme la compétitivité des entreprises. J'ai ressenti un Président sans espace de manœuvre car la croissance économique n'est pas au niveau requis. 

Il manquait des perspectives et des raisons d'espérer mais après la rentrée calamiteuse, il était impossible de se montrer un champion d'optimisme. La posture modeste du Président était la seule crédible, je crois. On ne quitte pas le navire dans la tourmente : tout le monde est d'accord avec cela. 

La compassion n'est pas la magie, mais si la compassion de nos gouvernants devient authentique, le regard des citoyens peut se montrer moins sévère. La simplicité, l'usage de mots justes, l'attention portée aux êtres sont des qualités qui semblent éloignées de la gestion de dossiers complexes et pourtant de ces dernières peut dépendre le déroulement des événements.

D'anciens ministres en Californie
L'affichage sur Paris Match le 10 septembre 2014 de photographies de deux anciens ministres, dont un qui déclarait que le pouvoir mentait tout le temps, en visite de loisirs à San Francisco peut donner l'impression que la croisière s'amuse, ce qui n'est pas bon mais ils ont le droit de se reposer.

Paris est trop petit pour un si grand amour
Le social-libéralisme qui inspire le gouvernement est sensé dynamiser le pays souffrant. C'est une rupture conceptuelle hors-programme qui brouille les lignes habituelles ; son mérite serait d'éloigner encore plus les catégories populaires du parti majoritaire. On suppose que c'est le but... Il serait séant que l'entreprise rende tout l'amour qui lui est déclaré avant 2017 car autrement la Nation (nos députés) chercherait le sens d'un si grand naufrage désarroi programme virage. Ah, sacreblotte ! Je ne sais plus ce que c'est ! Cela bouge trop. Il y a maintenant un zeste de relance de la demande avec une tranche inférieure d'imposition qui disparaît. Je ne sais plus !

Les robots parlent-ils aux droïdes ?
Le livre de Madame Trierweiler dont on a quelques extraits (je ne l'achèterai pas) semble renforcer maintenant l'éloignement des catégories populaires, surtout avec la notion malvenue de "Sans-dents" - si elle est confirmée - pour désigner les pauvres de France. 

L'entourage présidentiel a démenti. L'auteure est une journaliste professionnelle qui a donc l'habitude d'une mémoire verbale précise, elle a relu plusieurs fois son manuscrit, c'est ce que je me dis. Le temps de l'écriture a pour fonction d'apaiser une blessure que tout couple peut connaître ; c'est la vérité criée qui est cathartique dans ce cas et pas l'invention. Les meilleurs conseillers ne changeront rien à l'affaire car c'est la pâte dont nous sommes tous faits. Nous saignons tous de la même façon. Seuls des robots parlant à un peuple de droïdes pourraient croire au démenti mais il ne faudrait pas pour autant exagérer la portée de mots, sortis de leur contexte si particulier, qui ne correspondent pas au sens de l'engagement permanent d'un homme politique.

Déballages et bras de chemise
Quant au respect nécessaire de la fonction, disons que les communicants n'ont pas su mettre en garde contre des déplacements en scooter dans Paris vus à la une de magazines très lus comme "Closer" le 10 janvier 2014. "Ici Paris" à la même date évoquait "le choc" d'une hospitalisation d'urgence de la première dame. Le tout se trouvait partout pour 2,80 euros. 

Ils n'ont pas su non plus protéger la fonction présidentielle contre le risque évident lié aux conséquences médiatiques de la rupture avec, selon l'expression de Bernard-Henry Lévy (BFM TV le 10 septembre 2014), la "Messaline de Prisunic". Les commentateurs trouveront que ces mots choisis par le philosophe sont inappropriés car Madame Trierweiler n'a pas comploté ni profité de sa situation, ni le reste. Les Français ont l'image d'une femme indépendante, plutôt solide, et cela peut contrarier une intelligentsia parisienne.

La médiatisation de la vie privée est un signe supplémentaire de l'effondrement du niveau du débat public. L'Internet y contribue, on le sait, il en devient la caisse de résonance naturelle. Le pouvoir s'exerce dans une agora mondiale où le premier marchand de poissons venu peut balancer ses truites et leur mucus à la face des puissants. La gloire immarcescible ou même un tiers de gloire, dans ces conditions, est inatteignable. L'arabesque décrite par la main du pouvoir aurait pu se faire art mais ne brasse que du vent. Entre deux truites.

Le fait que la présidence n'ait rien vu venir de cette affaire renforce dans l'opinion le sentiment que le pouvoir ne contrôle pas sa trajectoire alors que le pays traverse une crise économique sous-estimée. Un Premier Ministre qui se montre en bras de chemise n'y change rien.

Ajoutons que cet épisode fait aussi s'interroger sur l'adaptation au siècle des élites produites par la France (issues des grandes écoles).

Nous sommes depuis au moins huit mois dans un déballage qui appartient à l'époque dans laquelle hélas nous entrons. On ne demande pas à des dirigeants politiques d'aimer l'entreprise ni même d'aimer les pauvres, mais seulement de savoir aimer leur pays.

Cela continue. On apprend le 10 septembre 2014 qu'un ex-conseiller politique à l'Élysée évoque de manière privée mais dans une tribune publiée sa liquidation par une "tchéka" le 16 avril 2014. La tchéka était une police politique créée en 1917 pour combattre la contre-révolution russe, y compris par l'internement dans des camps. Ce conseiller avait été démissionné surtout pour une question de glaçage de souliers qui tranchait avec l'image de "normalité" voulue par un pouvoir. Voir le site Libertes Internets. Il y a de la violence sous les lambris.

Exemplarité !
J'ai appris le 5 septembre 2014 la démission, 9 jours seulement après sa nomination au gouvernement, du secrétaire d'État au Commerce extérieur. Contrairement à ce qu'indiquait une première version, il ne s'agissait pas de raisons personnelles mais d'une "mise en conformité" du ministre avec l'administration fiscale selon les services de Matignon. En fait, il s'agissait de retards de déclaration et de paiement, entièrement régularisés depuis.  

Le secrétaire d'État démissionnaire a été vice-président de la mission d’information sur la fraude fiscale lancée en 2013 par la Commission des Finances de l'Assemblée Nationale. Donc l'exemplarité qui avait été exigée après l'affaire Cahuzac ne fut pas suffisante. Trop de légèreté ? Pourtant la formation de nos hauts fonctionnaires permet très vite de répondre à une demande aussi élémentaire quand il s'agit de nominations à ce niveau. Vous avez à l'Élysée des compétences disponibles qui connaissent sur le bout des doigts la machinerie d'État. Donc on ne comprend pas bien ce qui s'est passé. 
Il se confirme que la Direction générale des Finances publiques dispose de la liste des contribuables qui ne déclarent pas ; les services identifient facilement les membres du Parlement comme le rappelle le site de Rue 89 le 5 septembre 2014 dans sa rubrique "Coucou c'est le facteur" au sujet des phobiques de l'administratif. La France entière a découvert cette catégorie de phobie à l'occasion de ce petit remaniement ministériel. Cela fait aussi mal que l'expression "les yeux les yeux". Nous en plaisanterions dans les chaumières si la situation du pays était meilleure. C'est un désastre pour l'image du politique.
L'anticipation en politique est importante. Si les petites choses ne sont pas réfléchies, nous parlons pourtant d'un gouvernement qui se compose, qu'en est-il des plus grandes ? Une question de pilotage peut venir. Puis-je être serein maintenant ou dois-je me demander ce qu'on me cache encore ? Qui croire ? Rester citoyen, est-ce être un benêt ? On entre dans une zone de danger et pourtant poser ces questions est logique. 

La souveraineté qui émane du peuple reste intacte et si nous en sommes comme les piliers un début de perplexité peut naître. Un pouvoir démocratique repose à la normale de ce socle, eh oui ! Nous avons besoin d'être rassurés. Le candidat qui rassurera gagnera en 2017. Nous n'attendons même plus de résultats. La difficulté sera de décliner cette figure rassurante sans tomber dans un programme anesthésiant. 

Demander des efforts et ne pouvoir garantir la justice, c'est compliqué. Un peuple déçu par une normalité proclamée est capable de tout puisque ce qui n'est pas normal deviendrait acceptable. Si la figure rhétorique de l'anaphore était un navire, une terrible canonnade à tribord et à bâbord est à prévoir.
 
La Cour se console de son impuissance à agir
On me souffle qu'il n'y a pas que la déception des citoyens. Il naît aussi l'idée que nos élites vivraient une existence autonome, irréelle, complètement à côté des réalités vécues par la population. Dans ce cocon, les conseillers du prince se consoleraient de leur impuissance à agir par l'agrément que procure les allées du pouvoir. Le jeu, les intrigues stériles, l'immoralité, l'amusement ou le sexe divertiraient une partie de la caste haute pourtant au service de la République. La sociologie devrait là examiner ce qu'il en est en 2014. Le sentiment du "tous pourris" est nettement exagéré mais il faut le démontrer.

Contrairement à l'affirmation du premier secrétaire du parti majoritaire le 14 septembre 2014, la crise de confiance globale vis à vis de la politique en France ne s'explique pas seulement par "la crise de résultats" (l'autre nom de l'échec). La politique ne se résume pas à la gestion car les gens ne savent plus si elle s'occupe au moins de rendre le réel supportable. Si la politique n'est même pas cela, c'est gênant. L'interrogation est plus profonde qu'une crise de résultats. Est-ce un assèchement idéologique sous le soleil de l'Europe ? Est-ce notre fabrique à produire les élites qui sort des séries obsolètes ? Cette fabrique déverse-t-elle ses petits soldats dans des institutions elles-mêmes obsolètes ?

La raison contre la participation
L'impression donnée il y a neuf mois par le sondage du 4 décembre 2013 cité plus loin se renforce. Ce sondage indiquait que 88 % des Français se sentiraient abandonnés par les responsables politiques. Ne plus rien attendre de la politique devient un acte de raison. La mise à distance du politique fonctionnerait comme une assurance gratuite sur le mensonge mais nul ne sait où cela mène. 

Le long processus qui a mené à la citoyenneté s'est appuyé sur la raison humaine et aujourd'hui nos élus ont la raison contre eux. Leur capacité à veiller au bien commun ne va plus de soi. Selon un sondage réalisé par l'IFOP pour Le Figaro Magazine du 8 au 9 septembre 2014, 62 % des Français souhaiteraient le départ du Chef de l'État avant la fin de son mandat. 

Poser la question dans un sondage peut déjà surprendre car en France seul le gouvernement est responsable devant le Parlement. L'impopularité n'entraîne pas l'empêchement d'exercer ses fonctions. La légitimité est bien-sûr inchangée du premier au dernier jour du mandat. 

Notez que cette défiance intervient alors que la France échappe pour l'instant à l'austérité : le pays ne peut pas répondre à ses engagements européens limitant à 3 % du produit intérieur brut le déficit public.

Révoquer les élus ?
Nous n'en pouvons plus. Les Français sont tellement échaudés qu'il vont finir par songer au mandat impératif et l'article 27 de la Constitution de 1958 devrait alors être revu. L'idée même d'être représentés serait rediscutée ; ce chambardement aurait un retentissement au niveau européen. Réfléchir pour 2017 à l'introduction d'un "chouilla d'impérativisme" (la révocation d'élus par exemple) dans notre système représentatif est un chantier possible. Il existe sur le sujet un intéressant rapport de juin 2009, plutôt opposé à cette option, réalisé par la Commission de Venise pour la démocratie par le droit.

La pratique gaullienne du référendum comportait au fond déjà l'idée : rester au pouvoir, c'est être approuvé par le peuple. Nous établirions la possibilité de révoquer les élus par exemple à mi-mandat selon des modalités qui pourraient éventuellement utiliser le moyen de l'Internet, les réalisations conditionnant la poursuite des choses.

On pourrait même introduire une souplesse innovante avec la notion de <<mandat à points>> (sorte de permis temporaire de nous représenter) inspirée du permis de conduire... Redonner du pouvoir au Parlement, lancer une série de référendums comme le suggère le sociologue Alain Touraine le 19 septembre 2014 n'est pas la solution pour reconstruire le couple de la société et de l'État.

Le peuple peut avoir besoin de ne plus passer par l'État pour produire du bien commun et retrouver de la confiance par d'autres canaux, faute de mieux. Un retour aux théoriciens est indispensable, malgré l'urgence, pour repenser le "vivre en commun". Il conviendrait d'inclure dans cette réflexion la manière dont la démocratie pourrait dynamiser de l'intérieur nos entreprises. Nous sommes dans une contradiction : la démocratie est partout mais pas assez là où se crée la valeur ajoutée. Les théoriciens pourraient par exemple travailler là-dessus. 

Le travail des théoriciens s'inscrit dans le temps long ; il est possible que les élites françaises connaissent une descente aux enfers car les fruits de ces travaux ne bénéficieraient à la société que tardivement. Une ou deux générations pourraient n'avoir ni la jouissance des moyens ni le repère des idées : ce serait la traversée collective d'une sorte de tunnel où ce qui meurt est à subir continûment sans la moindre perspective tracée. Il y a un problème d'horizon. Ce n'est pas rassurant pour nos enfants et les enfants de nos enfants.
 
Ces indications montrent le climat difficile dans lequel les commémorations 2014 se déroulent. Le tableau qui est dressé a été plus long que prévu, bon, ça ne change pas le monde.

Sur le site officiel, le redressement productif est déjà archivé
au 27 août 2014 : ainsi va le pouvoir.
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L'excellente émission sur les célébrations de 2014 sur la radio Fréquence protestante Des mille et des cents diffusée le 28 décembre 2013 avec Philippe-Georges Richard, Délégué aux commémorations nationales* a donné des indications. On y apprend que le cinquantenaire de la mini-jupe a été refusé dans la préparation des célébrations pour l'année 2015. C'est en effet André Courrèges qui a lancé la mini-jupe en France dans sa collection du printemps-été 1965, une mini-jupe créée par l'anglaise Mary Quant en 1962 et popularisée par le célèbre mannequin Twiggy.

* Cette émission est désormais payante sur Fréquente protestante.

Vous verrez dans mon billet que ça fuse de tous les côtés : les générations Z et Y, l'Éducation Nationale, les liens entre la base et nos élites, le regard de la presse internationale, les entrepreneurs par rapport à la jeunesse, l'Europe, la Bretagne, les rustines, l'Afrique. Ce n'est pas parce que vous passez votre temps sur les réseaux sociaux qu'un développement un peu plus long doit vous effrayer. Il n'y a que le regroupement régional que je n'aborde pas : mes régions à moi seraient au nombre de deux, la France du Nord et la France du Sud, sans aucun département. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? Vous pouvez vous aussi établir votre liste de simplifications ; vous verrez qu'on peut supprimer énormément de choses très vite et qu'elles ne manqueront pas. Trois coups de crayon, et voilà le travail ! Le tout sans aucune commission : l'efficacité sans les délais. En fait, les communes devraient s'occuper elles-mêmes de l'action sociale, au plus près des citoyens.


Vous commencerez une année 2014 du feu de Dieu. C'est l'année astrologique du Cheval de Bois, un animal magnifique qui galope bien-sûr. Une loupe philatélique entre les mains sert aussi à regarder le monde.

Alors si vous souhaitez réagir au contenu de ces célébrations nationales, n'hésitez pas. Paris, les régions ou les banlieues, le péri-urbain ou les campagnes vraies, les Français de métropole ou ceux de l'Outre-Mer, les jeunes ou les autres, ceux qui fuient ou ceux qui restent ou ce qui reviennent, les Français de l'étranger etc, n'ont pas toujours la même vision de ce qu'il convient de commémorer.

Par exemple, on pourrait trouver que la dimension scientifique et technique des efforts d'une nation apparaît bien faible (à part la naissance de Haroun Tazieff) dans cette première liste de célébrations. On pourrait y voir le 220ème anniversaire de la mort d'Antoine Lavoisier pour la chimie, ou le tricentenaire de la naissance de César-François Cassini pour la cartographie. 2014 est aussi le 80ème anniversaire de la découverte de la radio-activité artificielle par Frédéric et Irène Joliot-Curie et le 40ème anniversaire de l'invention de la carte à puce par Roland Moreno (1945-2012). C'est aussi le cinquantième anniversaire de la création de l'INSERM (l'Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale). Pour l'instant, il n'y a rien de tout cela dans la première liste et seul l'INSERM figure dans le programme philatélique 2014 de la France. On modérera cette analyse en notant que l'astronome Charles Fehrenbach (1914-2008) ou Alphonse Bertillon (1853-1914), fondateur de la police scientifique, figurent dans la liste des commémorations actualisée.  


Thorez avec Louis XVIII
Nous regarderons quels événements sont commémorés dans le programme philatélique 2014 de la France en gardant en tête que la mémoire, indispensable, est toujours distincte de ce qui peut faire le bonheur d'un peuple et du plaisir qu'il y a à vivre ensemble. Des noms aussi variés que ceux de Louis XVIII et de Maurice Thorez s'entrechoquent sans être au programme philatélique. J'inscris alors un non quand la commémoration ne se retrouve pas au programme.

Anne de Bretagne est dans les commémorations
Une fois cette revue achevée, on verra à l'inverse que le programme philatélique 2014 comporte des commémorations qui, pour l'instant, ne se retrouvent pas sur la première liste des célébrations nationales. Le 500ème anniversaire de la mort d'Anne de Bretagne (1514-2014) n'est finalement pas oublié et figure maintenant sur le site officiel. Nous devrions avoir des "états généraux de la Bretagne", sans lien avec cette commémoration, le 8 mars 2014 selon les Bonnets rouges.

Pour nos amis étrangers, précisons que les états généraux font référence à une période mouvementée de notre histoire où, en 1789, le roi Louis XVI convoqua les différentes composantes de ses sujets pour entendre les doléances. Dans le cas présent, il s'agit non d'une convocation par les autorités mais d'une sorte d'auto-saisine populaire, sans véritable statut constitutionnel, cependant son impact médiatique est certain. Les états généraux sont un moyen qui se met en place en France chaque fois que la pensée a été absente, par manque d'anticipation et/ou par défaut de gouvernance. C'est, dans la boîte à outils nationale, comme un transport qui permet de courir après le réel un peu plus vite qu'à pied, si vous voulez.

Le fait qu'une seule région, la Bretagne, revendique des états généraux pourrait poser une difficulté aux autres territoires de la République car la revendication introduit une disparité dans la prise en compte des difficultés de chaque région, les doléances existant partout.

Ajoutons que cette effervescence régionale s'exprime dans un contexte de très faible croissance économique en France, alors que les risques de mouvements sociaux sont à mon avis plus grands en cas de reprise rapide de la croissance (les revendications contenues durant les années d'austérité se libérant d'un coup). Le pouvoir peut penser, comme cette agitation est éloignée de l'échéance électorale de 2017, que l'insatisfaction (ou la résignation) des Bretons n'occupera plus alors le devant de la scène.

Aussi, il y a la commémoration du cinquantenaire des relations diplomatiques France-Chine qui n'est pas pour l'instant sur la première liste et le 70ème anniversaire du débarquement en Normandie (juin 1944) est absent ; il conviendrait de ne pas le fondre avec la commémoration du centenaire de la Grande Guerre. 

2014 est aussi le vingtième anniversaire de la mort de Jean-Louis Barrault, acteur et inoubliable mime Baptiste dans Les Enfants du Paradis (1945) mais son centenaire était inscrit dans les célébrations de l'année 2010

Commémorer quand ça fait Scratch ?
Le Haut comité des Célébrations nationales ne retient que les cinquantenaires, les centenaires et leurs multiples. Les ingrédients sont sans doute trop nombreux pour qu'une vision claire se dessine pour la jeunesse. Commémorer n'est d'ailleurs d'aucun secours à cette jeunesse dans le parcours difficile qui lui est donné à subir depuis plusieurs années en France, une situation qui existait déjà avant 2007 et qui s'aggrave.

Décalage
Le fait que la France voit ses gouvernants fin novembre 2013 se réjouir d'un rien dans les médias, pour reprendre le constat d'un chroniqueur étranger le 1er décembre 2013, surprend. Les gens ont l'impression que l'adhésion au réel est en fuite. Comment le dire autrement ? Le velcro de la parole publique et de la société se dégrafe. Cela fait Scratch. Donc la part que l'on donne aux commémorations ne devrait pas, par prudence, excéder l'horizon très réduit qu'une collectivité propose à sa jeunesse, autrement les anciens parleront une langue que les plus jeunes n'entendront même plus.

Un ciel gris sur la ville d'Amboise est comme l'humeur nationale : morose.
(photographie JD).

Complétons ce point en notant que, selon un sondage CSA affiché sur la chaîne de télévision LCI le 4 décembre 2013, 75 % des Français ne font pas confiance aux partis politiques et 88 % des Français se sentiraient abandonnés par les responsables politiques. On regardera dans les premiers mois de 2014 si ces indices d'un décalage sont recoupés par d'autres mesures. D'après ce que j'entends et comprends, la croissance économique ne va pas repartir tant que cela en France en 2014. Donc la satisfaction de la population ne viendra pas de l'économie. Aussi, 30 % des Français sont optimistes pour la France dans dix ans. 54 % des Français font confiance à l'entreprise pour relancer la croissance économique, ce qui me paraît peu, selon un sondage IPSOS publié dans la semaine du 13 décembre 2013.

Le plateau de fromages de The Economist est un cliché
L'article de presse au sujet de la France paru dans The Economist au mois de décembre 2013, signalé par une sénatrice française sur le réseau Twitter, est à côté de la plaque. Les journalistes notent : "Bleak is chic—especially when opening another bottle of Saint-Emilion and reaching for the three-tier cheese trolley". Il s'agit là d'une analyse superficielle pour vieux investisseurs de la City qui n'ont manifestement jamais mis les pieds dans une banlieue française. 

Si les auteurs anglophones veulent croire que la France n'est qu'une bouderie agrémentée de bouteilles de bons vins, c'est sans doute ce que leur lectorat veut entendre. Il ne faut pas trop leur en demander, s'ils désirent percevoir la France avec des lunettes des années 1960. Ne soyons pas trop exigeants s'ils ressortent du hangar une Françoise Sagan ou un Jean-Paul Sartre, des écrivains qui ne parlent plus tant que cela aux Français d'aujourd'hui. Aussi, l'article suggère que le passage de nos élèves par les classes de philosophie les entretiendrait dans un pessimisme, citant des sujets de dissertation comme "Is man condemned to self-delusion ?" (L'homme est-il condamné à se faire des illusions sur lui-même ?). Il s'agit d'un sujet de la série L proposé je crois à la session du Baccalauréat de 2011 (voir le corrigé).


Les journalistes de The Economist reconnaissent néanmoins que l'esprit critique français peut avoir du bon, mais la souffrance sociale ne semble pas vraiment les intéresser ni d'ailleurs la part de souffrance attribuable aux désordres internationaux. Ils y voient donc une vague mélancolie de Gaulois autour d'un plateau de fromages. Pour contempler un panorama de Paris une fois tous les trente ans, l'analyse doit leur suffire.

The Economist contribue à produire des clichés qui contentent peut-être un lectorat de cadres d'entreprise et d'annonceurs anglophones qui se diront à la fin "les Français sont comme ça" mais ils passeront à côté d'une vraie réflexion. La question est : pourquoi The Economist a besoin de clichés pour décrire la France ? N'ont-ils pas les journalistes disponibles pour aller enquêter sur le terrain, dans les régions de France ? Quant à l'article de Newsweek qui - paraît-il - a fustigé la France sans partialité avec un prix du litre de lait excessif, je ne l'ai pas lu.

Une défiance comme norme ?
Il conviendra de préciser si ce décalage est le symptôme temporaire d'une désaffection ou bien montre les prémices d'une défiance comme norme, où le Peuple souverain entrerait ensuite dans un questionnement de nature cimentaire. En écoutant le député Jean Lassalle qui s'exprimait sur la chaîne LCI le 17 décembre 2013 j'ai appris que, lors de sa marche volontaire de plusieurs mois en France, il a entendu des citoyens qui se voyaient plutôt comme "des gens". Des gens ! Qu'est-ce que cela signifie ? Est-ce que le décalage irait jusqu'à entamer l'état de droit dont nous bénéficions, élaboré après tant de sacrifices et d'efforts ? Je suis perplexe.
 
Une société sans pragmatisme
Le rôle et la forme actuelle de l'État ne semblent plus convaincants aux yeux des Français et notre lien aux territoires au pluriel n'est pas satisfaisant. Par exemple, les transports en Île-de-France sont beaucoup trop chers, augmentent trop, sont peu pratiques dès qu'on sort de Paris. Pour beaucoup de logements, les prix de l'immobilier sont délirants pour une qualité de vie très moyenne en Île-de-France. Dans d'autres centres urbains en France, on observe également des prix excessifs qui font le jeu des agences immobilières. L'urbanisme a-t-il été pensé ? Et a-t-il été pensé pour l'avenir de nos jeunes ? Toutes ces questions ne sont pas résolues. Celles du prix de l'énergie non plus. Et pendant ce temps, nous guerroyons en Afrique. Loin du bourbier de Bangui, les banlieues françaises restent grises en cette fin 2013. Berlin s'en fiche et Londres aussi. Que font ces râleurs du plateau de fromages à trois niveaux en Afrique ? demanderait The Economist.

Au pays des rustines
Les contrats aidés qui se multiplient avec l'argent du contribuable, pour masquer à court terme la mise de côté de notre jeunesse par les chefs d'entreprise, sont un écran de fumée. Ces contrats coûteux ne sont au mieux qu'un effet d'aubaine pour ces entreprises qui ne changent pas pour autant leur attitude constamment rétive à la jeunesse du pays. Seuls 23 % des titulaires déclarent avoir eu une formation durant leurs contrats aidés : c'est dire l'implication faible des entreprises pour le pays, et l'absence de sérieux de ce dispositif.

Quant aux emplois d'avenir proposés pour les jeunes de 16 à 25 ans, ils ne sont qu'une rustine pour masquer l'inadaptation du système éducatif français dont les jeunes les moins qualifiés font les frais depuis des décennies. L'existence des Zones Urbaines Sensibles (ZUS) est la marque de l'échec de la politique de la ville. Quant au CICE (crédit d'impôts pour la compétitivité et la croissance) voulu par le gouvernement en 2012 pour alléger les cotisations sociales des entreprises et relancer l'emploi, il ne produit pas non plus d'effets concrets.

Qu'en est-il du pacte de responsabilité évoqué par les pouvoirs publics au mois de janvier 2014 ? Je croyais qu'être responsable, c'était comprendre par soi-même sans avoir à contractualiser. C'est bizarre de pactiser pour faire simplement ce que le devoir commanderait. Le contribuable ne pactise pas pour payer ses impôts. L'étudiant ne pactise pas pour apprendre ses cours. L'électeur ne pactise pas pour aller voter. Pourquoi les investisseurs pactiseraient-ils pour faire ce qui est leur rôle dans une économie moderne : investir, gagner des positions commerciales ? Si l'idée vient des chefs d'entreprise, quelque part c'est très étrange quand on y pense. Qu'est-ce que cette contractualisation va changer à la fragilité du tissu de PME françaises ? On se le demande. Il est déjà tard ; dans deux ans, nous serons en campagne électorale nationale.

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Ajout du 4 décembre 2014
Le ministre de l'économie a indiqué avec justesse que ce pacte de responsabilité est un échec, les entreprises ne jouent pas le jeu. Sont-elles encore dans la Nation ? Le citoyen peut l'espérer. Ensuite, deux nouvelles démissions sont intervenues pour des raisons non-politiques : un conseiller, un membre du gouvernement. Cela fait au moins cinq départs au total depuis le début si je compte bien. Ces éléments n'améliorent pas la confiance. La probabilité que les années 2015 et 2016 soient encombrées par de nouvelles affaires dans les divers camps est grande car le pays se trouve déjà en campagne présidentielle. 

Une réflexion sur les institutions est engagée je vois à l'Assemblée Nationale mais cela paraît tardif quand la raison est du côté des abstentionnistes. Même en s'éloignant, le peuple continue d'être souverain. Si le marché n'a pas défait le peuple, le peuple peut se défaire d'être là, ou du moins là où on l'attend, et s'en trouver assez bien. La lucidité conduit à une conclusion contraire au devoir, ce n'est pas simple.
Fin de l'ajout du 4 décembre 2014.
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Rustines, rustines, que restera-t-il de tout cela ? Où donc sont les investisseurs ? La Nation doit-elle les chercher avec une lampe tempête ou faut-il leur sonner du clairon, hum ? On ne va tout de même pas leur payer un coach pour retrouver la confiance. L'existence d'un Ministère du redressement productif en France est étrange, tout cela devrait se dérouler sans l'intervention des pouvoirs publics si les patrons anticipaient. Ce n'est pas à l'État de prendre par la main des dirigeants d'entreprise pour leur dire : viens-là mon petit, tu peux investir, tu as une niche là, tu produis dans un pays, la France, mais fais comme si tu étais ailleurs tu n'y payeras pas trop d'impôts.  Et puis aussi, tu peux faire un peu de stratégie d'entreprise, autrement que sur un coin de table, ça permet notamment de mieux définir ton offre. Voilà, comme cela, tu n'emm... n'embêteras pas l'État dans dix ans avec des filières en perdition.

Responsabilité entrepreneuriale
C'est à l'entrepreneur privé de comprendre sa responsabilité vis-à-vis de la jeunesse, et non à l'État de perfuser sans fin des investisseurs qui tardent à faire confiance aux plus jeunes. Cette grille de lecture place l'entrepreneuriat face à la jeunesse : aux investisseurs de rendre compte de leur légitimité à mettre en œuvre des capitaux trop inertes pour les nouvelles générations. Aussi, les plus jeunes, n'hésitez pas à expliquer aux patrons que pour vivre dans un centre urbain aujourd'hui il faut des moyens et donc les salaires doivent en tenir compte. Vous n'êtes pas responsables du coût de la vie, après tout. Pourquoi vous embêteriez-vous avec cela ?

On a donc une société avec un décalage entre la base et le sommet, sans pragmatisme, avec trop de rustines posées au frais du contribuable et des entrepreneurs privés qui laissent la jeunesse de côté. C'est dans ce climat d'ensemble que les commémorations de 2014 auront lieu en France. Peut-on dire uni un socle aussi fragile ?

Euphorisation
Beaucoup de questions sur l'Afrique
La planification d'opérations militaires africaines coûteuses, peut-être justifiées mais non perçues comme indispensables, et l'agitation du fanion du sport sous le nez des citoyens ne font pas illusion. L'autorité de l'État ne se construit pas plus en Afrique qu'ailleurs dans le monde, elle se construit en s'occupant d'abord et vraiment de la jeunesse de France : le véritable combat, il est là. Ceux qui, parents ou grands-parents, ont à soutenir longtemps leurs jeunes le savent bien.

De plus, j'ignore si ces coûts africains pris sur le budget de la défense pourraient entraîner à l'avenir des coupes sur d'autres lignes de ce budget dont nos soldats feraient les frais. Même un ancien ministre de la défense exprimait son inquiétude le 10 décembre 2013 sur la chaîne BFMtv. L'armée française va être en Centrafrique jusqu'en 2015 au moins et, à la fin, les Centrafricains trouveront que la France n'en a pas fait assez, pas comme il le fallait, ou pas équitablement. Le coût sera grand. Est-ce un retour à la Françafrique pour redonner le moral à une France déprimée, avec quelques milliers de soldats courageux (Français et étrangers) disposés sur un territoire administrativement déstructuré de plus de 600.000 km2 ? Aussi, intervenir dans des zones où le poids des religions pèse trop et archaïquement sur la conscience des êtres pose une difficulté pour une puissance républicaine laïque. On se rassure en se disant que cette intervention est de loin préférable à la mascarade que nous avions organisée en 1977 pour le régime de Bokassa.

Divertir, est-ce gouverner ?
L'image d'élites françaises, au mode de fabrication vieillot, qui ne seraient plus que les gardiennes des divertissements (diverto, détourner) n'est pas loin. Un sujet médiatique concernant un humoriste, un autre la vie privée du président détournent en effet de l'essentiel, indépendamment du raisonnement conduit sur le plan du droit. La présence meublante de responsables ou d'anciens responsables politiques sur des plateaux d'émissions de télévision de divertissements est un signe. J'ai même remarqué un parlementaire et ancien ministre dans une émission culinaire, avant la présidence dite normale. Mais il faut reconnaître que nos débats parlementaires sont précis et très souvent de bon niveau, on l'a vu par exemple au Sénat au sujet de la programmation militaire 2014-2019.

Tant que nos préfets ne remonteront que des mécontentements fiscaux des régions, cela ira. Une grogne précise n'est rien puisqu'elle n'est pas une pensée en ébullition ; c'est un porte-monnaie réduit, trois pneus qui brûlent avec hélas des équipements payés par la collectivité, quatre journalistes sur une aire d'autoroute qui se font un café autour de ça et à l'issue un gouvernement qui change la table de mixage (fiscale), avec l'aide des communicants. Grogner n'est pas penser, comme écrire des micromessages n'est pas être.

La symbolique des commémorations est alors davantage sollicitée pour tenter de rassembler sur un dénominateur commun. Elle remplirait une fonction d'euphorisation en temps de crise. Ceci dit, quand je pense à mon grand-père que j'aimais, cela n'indique rien de ce que je projette pour moi-même ou pour les miens : pour une nation, c'est la même chose.

Un trop-plein de célébrations ?
Nous serions déjà dès le mois de novembre 2013 dans un excès de célébrations nationales pour 2014. Eût-il été meilleur de se restreindre à trois ou quatre commémorations seulement, étant donné l'état du pays ? Posons la question.


LA LISTE
 
814 Mort de Charlemagne : non
Avis : pas grave, car un timbre-poste a déjà été émis en 1966 et ça aurait fait trop européen dans la France de 2014.
Cette liste commence par la mort de Charlemagne le 28 janvier 814 à Aix-la-Chapelle. De quoi Carolus Magnus est-il mort ? De pleurésie, c'est-à-dire d'une inflammation chronique ou aiguë de la membrane qui entoure les poumons (la plèvre). Nous n'aurons pas d'émission philatélique pour ce 1200ème anniversaire de la mort de l'Empereur d'Occident. Bon, ça tombe plutôt bien car l'Europe n'a plus du tout la cote en France et peut-être a-t-on trop vu Charlemagne dans nos manuels scolaires d'histoire, avec Roland à Roncevaux, la barbe fleurie...  Pourtant l'Europe a apporté la paix à un continent, une conception des Droits de l'Homme renforcée mais cette conception, la France l'avait déjà avant l'Europe des vingt-huit États, sauf entre 1940 et 1944 et les atteintes commises durant la période de la guerre d'Algérie hélas. 

Charlemagne en fondateur légendaire
de la Principauté d'Andorre, sur une carte postale.


L'Europe, une construction à revoir
L'inscription de Charlemagne dans les célébrations nationales peut permettre de revoir l'utilité de l'Europe, sa géométrie, sa nature, sa raison d'être. Le fait que des pays extérieurs à l'Europe la demandent parfois n'est pas du tout le signe d'une valeur intrinsèque de l'Europe, mais celui d'un manque d'informations et d'une illusion de pays à la recherche d'un arrimage géopolitique. Nous sommes fatigués de l'Europe comme par un vieux lave-vaisselle devenu inutile car le programmateur serait cassé et sans modèle pour le remplacer. D'ailleurs, très peu de Français font confiance à l'Union Européenne pour relancer la croissance  économique. Que va-t-on faire de cette Europe ? Si elle est absente de nos cœurs, elle est potentiellement finie. 

Sortir de l'Europe à plusieurs pays, tel un sous-ensemble se détachant souplement avec un projet commun cohérent, permettrait-il de rendre l'initiative porteuse d'avenir ? Peut-être. Tant pis s'il nous faut modifier ou remettre en cause les traités : l'histoire est pleine de traités qui ne durèrent qu'un temps. Le tout est que les pays sortants réussissent mieux que ceux qui resteront donc rassurer les marchés, se doter d'instances communes efficaces, montrer qu'il y a une stabilité dans le nouvel ensemble constitué, et établir pour ces quelques pays une nouvelle citoyenneté en remplacement de la citoyenneté européenne actuelle. On rebat les cartes, ce qui empêcherait de présenter le projet comme un repliement, puisque ce serait une reconfiguration. En 2020, il y aurait alors deux ensembles sur le sol d'Europe : l'ancienne U.E., et un nouveau groupe autonome et limité de pays liés par des accords efficaces, dont la France. Bruxelles s'adapterait. Il suffirait de présenter la reconfiguration avec l'argument de la proximité, par rapport à une Union Européenne vue comme lointaine et inconséquente dans sa politique d'élargissement. L'élargissement serait dénoncé comme une politique portée par des élites dont les choix pour les générations futures furent irréalistes. Des critiques de l'U.E. issues du monde économique lui-même pourraient compléter habilement le dispositif de communication.

Charlemagne, un empereur à commémorer nuitamment ?  
L'Europe n'est pas la seule objection à cette commémoration de Charlemagne par la France. Le nationalisme récupérateur, le sang versé au nom d'une religion, des rêves impériaux dangereux plaideraient pour une mesure dans la célébration. Si la statue du roi des Francs était laissée dans l'ombre d'une chapelle discrète, éclairée pour une heure par une seule bougie chauffe-plat, cela irait éventuellement. Aussi, et cela est valable pour beaucoup de commémorations, l'idée de Nation n'était pas conceptualisée en l'an 814, c'était une histoire de bouts de sols plus que celle d'une nation. "La Nation est davantage une construction idéologique qu’une réalité concrète" : c'est le site Vie-publique.fr qui le rappelle.

Charlemagne a été marié avec Himiltrude, Désirée, Hildegarde, Fastrade, Liutgard : on ne me l'a jamais dit ! Je n'ose penser qu'il les épuisait toutes. Ou alors il les répudiait. La législation n'y voyait aucun inconvénient. C'était vraiment un âge sombre pour l'égalité des époux. On lira l'article au sujet des femmes de Charlemagne sur le site Histoire pour tous.com.

Charlemagne (742-814) : que va-t-on faire de toi ?
Kaiser Karl der Große, 
un portrait imaginé par Albrecht Dürer (1512).

1214 Victoire à Bouvines : peut-être
Avis : un timbre-poste a déjà été émis en 1967.
Le roi de France Philippe Auguste sort renforcé de sa victoire à Bouvines contre une coalition de princes et seigneurs français. Il y a déjà eu le timbre-poste émis en 1967 donc il n'est pas besoin d'en rajouter. Donnons quand même le site web de Bouvines2014.fr qui prévoit début juillet 2014 un son et lumières Bouvines la Bataille. Je me demande si cette bataille victorieuse va faire partie de la série Grandes heures de l'histoire de France.

La bataille de Bouvines le dimanche 27 juillet 1214.
Une émission du 13 novembre 1967.
Albert Decaris / Postes.

1214 Naissance de Saint Louis : non
Avis : pas grave, car un timbre-poste a déjà été émis en 1954 plus un problème de tolérance réel, dramatique.
Le roi Louis IX est né le 25 avril 1214. Il a déjà fait l'objet d'un timbre-poste en 1954. Ce roi de France ne devrait pas être mis trop en avant dans la France d'aujourd'hui, en raison de son rôle actif dans l'intolérance religieuse envers d'autres communautés, en particulier avec les croisades. Comme on l'a compris dans mon billet du 17 octobre 2013 sur les Cathares, c'est sous son règne que furent persécutés et assassinés des hommes qui recherchaient à pratiquer leur foi sincère. Donc on va oublier Saint Louis, bien qu'il soit dit un grand roi capétien. Notons que la tolérance ne se constitue comme notion qu'à partir du XVIe siècle il me semble, mais l'histoire d'Al-Andalus en Espagne montre que des comportements tolérants existaient sur le sol d'Europe antérieurement à cette élaboration. 

Un procès équitable de Saint Louis est possible, pour ses croisades menées sans considération pour la diversité des croyances et, rétroactivement, pour atteinte aux Droits de l'Homme au XIIIe siècle. On verra ce qu'on peut lui trouver de bon (la Sainte Chapelle ?) pour atténuer la sentence. Autrement, Louis IX sera conduit place de la Révolution, ficelé sur une charrette, coiffé du bonnet phrygien, soumis aux jets de tomates, pour rappeler le sang dont il s'est couvert. Le procès pourra être étendu à sa mère Blanche de Castille, qui doit bien avoir une part de responsabilité dans cette dérive royale.

Le roi Saint Louis, un fanatique ?
Détail de sa statue près du Château de Vincennes.

1364 Naissance de Christine de Pizan : non
Avis : dommage car ce fut une femme exceptionnelle.
Christine de Pizan ou Pisan (1364-1431) est une figure remarquable de la littérature du Moyen Âge, poétesse et moraliste née en Italie, qui étant laissée sans ressources à 25 ans,  dût vivre de sa plume. Son père astrologue lui a sans doute transmis le goût de l'étude. Elle écrivit en 1405 La cité des Dames qui apparaît comme un plaidoyer pour l'égalité des sexes tout à fait surprenant pour l'époque, même si la religion encombrait sa pensée comme un vieux meuble sur le chemin de la liberté. Il semble logique d'énoncer que Christine de Pizan ne pouvait se montrer une Femen en plein Moyen Âge car la tronçonneuse devait d'abord être inventée (dans les années 1920). Voir l'article assez complet que lui consacre le site Ombres et lumières du Moyen Âge ; il existe également une thèse sur le féminisme de Christine de Pisan (1973) par Rose Rigaud.

 Christine de Pisan (1364~1430).

1464 Création de la poste royale : non
Avis : pas grave, un timbre a déjà été émis en 1945.
Le roi Louis XI (1423-1483) en tant que créateur de la poste royale a déjà fait l'objet d'un timbre-poste émis le 15 octobre 1945. Il faudrait voir à quelle date exacte la poste aux chevaux est attestée par des archives (si c'est en 1479 le roi régnait toujours). Je note que c'est l'édit signé le 19 juin 1464 dans le beffroi de Luxies, ancien nom de Lucheux en Picardie, qui institue la poste royale. C'est donc l'édit de Luxies et non pas de Doullens. Si Louis XI est le créateur de cette poste, celle-ci se développa surtout sous ses successeurs. Voir l'article La poste aux chevaux sous Louis XI sur Histoirepostale.com. Les passionnés de ce roi au chapeau en poils de bièvre (castor) couvert de médailles pieuses pourront lire aussi l'article Louis XI entre mythe et histoire, sur CRMH (en 2004). Un MonTimbramoi avec le beffroi de Lucheux est toujours possible pour le 550ème anniversaire de la création de la poste royale.

 La statue du roi Louis XI dans la ville d'Amboise.
Photo JD (en 2011).

1564 Construction des Tuileries : non
Avis : pas grave, un timbre existe sur le jardin des Tuileries émis en juin 2004.
La régente Catherine de Médicis (1519-1589) ne souhaitait plus vivre à l'Hôtel des Tournelles où était mort en 1559 son époux le roi Henri II. Elle a chargé les architectes Philibert Delorme ou de l'Orme puis Jean Bullant de construire un palais digne de sa royale personne. L'emplacement était auparavant occupé par des terrains vagues et des fabriques de tuiles, près de l'hospice des Quinze-Vingts fondé par Saint Louis. L'ouvrage d'Ivan Cloulas Les châteaux de la Loire au temps de la Renaissance (2009) nous apprend que la Cour menait grand train, mangeait beaucoup (de 6.000 à 9.000 calories par convive, c'était de la gloutonnerie), se ruinait en parures, et la Reine-mère était diaboliquement dépensière. Peut-être compensait-elle de la sorte le côté faiblard de sa progéniture pour le dernier acte d'une dynastie. C'est déprimant pour une mère veuve.

Les Tuileries, le centre téléphonique,
une émission française de 1973
montrée par Phil-Ouest.
Pierre Forget / Postes.

Dépenser et flamber en bâtissant étaient un genre de thérapie aux frais du royaume. La royauté c'est un peu ça, mais on obtient de beaux bâtiments. Tout déficit est d'abord une détresse, las. Paris n'était pour elle qu'une résidence de plus, puisqu'elle retournait souvent en Val de Loire, à Chenonceau où elle supervisait d'autres travaux. Superstitieuse, Catherine de Médicis ne vécut pas aux Tuileries, un de ces astrologues Cosimo Ruggieri lui avait prédit qu'elle mourrait près de Saint-Germain ; or le Palais des Tuileries dépendait de la paroisse de Saint-Germain l'Auxerrois. Voir le timbre-poste sur le jardin des Tuileries émis en 2004.

Le portrait supposé de l'astrologue Cosimo Ruggieri
au château de Chaumont-sur-Loire,
sur une carte postale.

L'astrologue qui a dissuadé Catherine de Médicis d'occuper le Palais des Tuileries est peut-être le même qui a utilisé la catoptromancie, ou voyance par les miroirs, pour dévoiler à la Reine-mère les règnes successifs de ses fils.

1564 Mort de Jean Calvin : non
Avis : pas grave, on a déjà eu deux émissions en 1964 et 2009 et les idées calvinistes ne correspondent pas à l'air du temps.
Le théologien Jean Calvin est mort le 27 mai 1564. On a eu un timbre-poste émis en 1964 pour le 400ème anniversaire de sa disparition et aussi un autre émis en 2009 pour le 500ème anniversaire de sa naissance. Donc on a fait le tour de la question : trop de théologie dans un programme philatélique ne serait pas conforme à la ligne laïque de la France. Si en plus on clamait que l'enrichissement personnel est un signe d'élection divine, on a eu assez de dégâts faits dans le monde avec la spéculation hasardeuse depuis au moins 2008, sans évoquer 1929. 

Il est des pensées qui ne peuvent plus raisonnablement s'adresser à l'homme actuel. Aujourd'hui, on voit mieux que riches ou pauvres, Dieu n'a sauvé et ne sauvera personne sur ses listes. La crise de 2008 est aussi une conquête théologique, quelque part. La vraie tristesse de la richesse n'est pas l'ennui de l'ordinaire des palaces ou de faire se courber autrui devant des caprices d'adulte, c'est qu'elle n'amène point le salut. Quand je pense que toute la dynamique du capitalisme repose plus ou moins sur ce malentendu, c'est une douleur systémique. Le mécénat, s'il n'absout pas les péchés, permet de rendre plus noble ce malentendu pour les capitaines d'industrie effrayés par un vœu immédiat de pauvreté.

La génération Z, lorsqu'elle atterrira pour dégeler ses synapses, pourra approfondir le questionnement. Quant à la génération Y, celle qui a du mal à rencontrer l'amour, elle a consommé trop de technologies jetables. Nous, les anciens (on le devient vite), qui ne sommes ni Z ni Y, serions l'avenir finalement. C'est étonnant.

 Jean Calvin (1509-1564),
d'après un portrait de Le Titien.

1664 Création de Tartuffe : non
Avis : dommage car c'est une des belles pièces de Molière.
C'est la version du premier Tartuffe, ou l'Imposteur, pièce en trois actes et en alexandrins qui fut jouée il y a 350 ans le 12 mai 1664 à Versailles. Chacun se souvient de la scène 2 de l'Acte III où Tartuffe tendait un mouchoir à Dorine : "Couvrez ce sein que je ne saurais voir : Par de pareils objets les âmes sont blessées, Et cela fait venir de coupables pensées". L'hypocrisie de Tartuffe nous évoque les êtres fourbes. Aujourd'hui ils sont surtout en quête de biens et d'avantages matériels, avec une avidité sans limite. Il s'agit par exemple des harceleurs dans les entreprises françaises qui jouent les innocents une fois démasqués ou ceux qui se parent des plus belles intentions dès qu'un projecteur se tourne vers eux. L'esbrouffe devient un mode de vie et l'hypocrisie est l'attitude adaptée à celui-ci. Le reflux des valeurs chrétiennes en France n'a pas été compensé par une solidité des convictions éthiques, surtout chez les élites ; donc la vertu dans le corps social se dissoudrait par le haut comme un gros coulis. 

Heureusement, le personnel politique tente malgré une culture démocratique flageolante dans le pays de compenser - c'est un chemin difficile sur les marchés dominicaux - ce sentiment de coulis répandu dans la population française. Un scandale d'État touchant un ministre fin 2012 a aggravé la situation, le gouvernement étant trop récent pour chuter au complet mais les ressorts de l'affaiblissement de l'exécutif sont antérieurs.

Plus personne n'ose aujourd'hui parler "les yeux dans les yeux" puisque c'est devenu le signe de l'esbrouffe de la France d'en haut. Les yeux ne sont plus cette lucarne de la sincérité humaine, ils ont perdu leur droit naturel à dire qu'on nous parle vrai : le politique à abîmé le rapport à la sincérité. Les déontologues arrivent ensuite comme la cavalerie après l'attaque des Indiens. Tout cela est en flammes, mais enfin les ossatures fumantes des charriots restent groupées. Trompés en groupe, on a l'air moins naïfs.

Peut-être trop de dîners en ville dans les milieux dirigeants empêchent de bien voir. Une diététique est possible : une unique sandwicherie automatique à l'Assemblée Nationale avec interdiction de manger ailleurs. Liberté, égalité, fraternité, frugalité ! Il faut toucher l'assiette pour assainir le réel en France. 

L'esbrouffe peut déboucher sur un problème de légitimité : Tartuffe, parce que c'est l'imposture, pose toujours un problème de légitimité. Nous avons eu plusieurs timbres-poste émis évoquant Molière : en 1944, en 1953 et en 1973.

Le titre de l'édition de 1669.


1664 Création de la manufacture des tapisseries de Beauvais : non
Avis : pas grave, on ne peut pas tout commémorer.
La Manufacture des tapisseries de Beauvais fut créée par Jean-Baptiste Colbert. Nous avons un timbre-poste sur le tricentenaire des Gobelins en 1962, manufacture surtout destinée au roi et un autre sur la tapisserie comme production française de luxe en 1954. Voir l'historique de la Manufacture de Beauvais sur le site du Mobilier national.

1714 Naissance de Jean-Baptiste Pigalle : non
Avis : pas grave, on aurait pu émettre un timbre-poste sculpture pour Pigalle groupé avec Camille Claudel en 2014.
Ce sculpteur né à Paris le 26 janvier 1714 a donné son nom à une rue, puis au quartier de Pigalle, où se trouve le cabaret Le Moulin Rouge. On doit à Jean-Baptiste Pigalle le Mercure attachant ses talonnières, œuvre de 1744 conservée au Musée du Louvre. Le nom de Jean-Baptiste Pigalle ne figure pas dans la série artistique du programme philatélique 2014.

1764 Mort de Jean-Philippe Rameau : non
Avis : pas grave, on a déjà un timbre-poste émis en 1953.
Le compositeur Jean-Philippe Rameau est mort le 12 septembre 1764 à Paris. Nous avons déjà un timbre-poste émis le 10 juillet 1953. Forêts paisibles des Indes galantes (1735) ou L'air de la folie de Platée (1745) sont toujours appréciés.
Jean-Philippe Rameau (1683-1764),
un timbre présenté par l'excellent site Phil-Ouest.com,
une émission de 1953.
Pierre Munier / Postes.

1764 Construction de sainte Geneviève : non
Avis : pas grave, deux timbres ont déjà été émis avec le Panthéon.
La première pierre de l'église sainte Geneviève fut posée le 6 septembre 1764 et c'est à partir de 1791 que le lieu deviendra une nécropole républicaine (le Panthéon). Ce bâtiment apparaît sur un timbre-poste au moins deux fois, en 1981 et en 2007. Une importante campagne de restauration est en cours. Voir le site du Centre des Monuments Nationaux.

Une consultation était organisée jusqu'au 22 septembre 2013
pour proposer des personnalités à honorer au Panthéon.

Un communiqué de presse du CMN le 23 septembre 2013 indique que 30.715 personnes ont participé à la consultation sur le Panthéon. Vous le savez, j'ai voté pour l'helléniste Jacqueline de Romilly. J'ai entendu une autre proposition, formulée par Régis Debray sur la radio France-Culture le 10 décembre 2013 : Joséphine Baker. On verrait la chanteuse et danseuse y entrer par exemple sur l'air enjoué de Vous faites partie de moi, cela réchaufferait un lieu assez froid de la capitale ; cet excellent choix serait peut-être compliqué pour obtenir les autorisations nécessaires des enfants.

1764 Mort de la marquise Pompadour : oui
Avis : excellentissime émission.
Une émission philatélique est prévue au programme 2014. L'ambitieuse marquise Madame de Pompadour dépensait énormément : trente-six millions de livres pendant sa faveur royale, avec quatorze propriétés et huit châteaux.

 
La manufacture nationale de Sèvres,
une émission du 25 mars 1957.
Pierre Munier / Postes.

Mécène, artiste, protectrice des lettres, conseillère du roi, créatrice de la Manufacture de porcelaine de Sèvres, femme d'affaire, femme de goût, amatrice de chocolats et de Champagne, cette femme élégante au sourire délicieux fut plus que beaucoup de souveraines de la France. Son minois illuminera l'année 2014 : Champagne ! Néanmoins, l'analyse en début de billet reste valable : il y aurait un trop-plein de célébrations.

La marquise de Pompadour (1721-1764) :
le pouvoir, l'intelligence et le bon goût, elle avait tout.

Sur le volet conseillère du roi Louis XV on pourra revoir, pour l'évaluer, l'influence de la marquise de Pompadour dans la Guerre de Sept Ans.

1814 Première Restauration : non
Avis : le pays souffre mais pas au point de pleurer la monarchie.
Le cadavre du roi bouge encore. Je suis assez surpris par cette inscription de la Première Restauration dans les célébrations nationales de 2014. Cette période concerne l'après-Napoléon, la fin laborieuse du "Petit chacal" comme le nommait l'historien Henri Guillemin, du printemps 1814 jusqu'aux Cent Jours en mars 1815 avec le roi Louis XVIII (toléré par le Congrès de Vienne) et la charte dite octroyée du 4 juin 1814. La Charte de 1814 c'était la souveraineté confisquée par un roi, se disant revenir après une longue absence (on sourit), et qui se pensait encore de droit divin. Il existe un intéressant timbre-poste de Monaco en 1969 montrant Louis XVIII, mais je ne trouve pas ce roi représenté sur une émission française. 

L'intérêt de cette célébration est sans doute de redire le long chemin qui mène à la République, puisque même en 1870 ce régime n'était toujours pas établi définitivement en France.

1814 Mort du marquis de Sade : non
Avis : pas grave, on aurait pu y songer en cas d'oubli de Marguerite Duras.
Le bicentenaire de la mort du marquis de Sade aurait pu donner un cachet Premier Jour illustrant Justine ou les malheurs de la vertu (1791), dont le monde philatélique se serait longtemps souvenu. Vous pouvez toujours tenter un MonTimbraMoi d'une gravure d'époque ou avec votre photographie du donjon de Vincennes où le marquis fut emprisonné.

Donatien Alphonse François de Sade (1740-1814).

1814 Naissance de Jean-François Millet : non
Avis : pas grave, il ne manquera pas trop à la France péri-urbaine.
Jean-François Millet (1814-1875) est un artiste peintre connu pour ses scènes de paysannerie : des glaneuses, un vanneur, un semeur. L'image des glaneuses est néanmoins intéressante, elle nous évoque une forme de redistribution aux pauvres dans des sociétés agricoles aujourd'hui disparues.

1864 Naissance de Camille Claudel : non
Avis : c'était possible, le buste en marbre dit de César aurait pu attendre.
Je ne vois pas la sculptrice, sœur de l'écrivain Paul Claudel, dans la série artistique du programme philatélique 2014. On aurait pu y penser, le Musée Rodin rend hommage à Camille Claudel jusqu'au 5 janvier 2014. Il y eut une émission française le 10 avril 2000 pour La Valse.

La Valse, une émission de la France du 10 avril 2000,
un timbre-poste montré sur Phil-Ouest.
Aurélie Baras / ITVF.

1864 Naissance de Henri de Toulouse-Lautrec : non
Avis : pas grave, il y eut déjà une émission en 1958.
Deux autres timbres-poste français, en 1965 et en 2001, évoquent Toulouse-Lautrec, donc on ne va pas insister.

Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901),
une émission du 7 juin 1958,
présentée par Phil-Ouest.
Michel Ciry / Bené Cottet / La Poste.

1864 Fondation de la Société Générale : non
Avis : pas d'avis.
Une banque fondée sous le Second Empire figure sur la liste des célébrations nationales. Je n'ai ni objection ni enthousiasme : cela me laisse sans énergie ni espérance d'énergie. Je suppose que ce sesquicentenaire a un intérêt au moins pour les salariés de la Société Générale. D'autres que moi auraient trouvé qu'une extrême discrétion (didascalie : faire les gros yeux et prendre un air hiératique) devrait accompagner ce genre d'événement après la crise financière mondiale commencée en 2007, dont les Français gardent la mémoire, mais le Haut comité des Célébrations nationales n'a apparemment pas souhaité tenir compte d'un climat d'ensemble qui ne concerne pas l'histoire d'un établissement particulier. 

Une amende de plus de 440 millions d'euros infligée par la Commission Européenne concerne cette banque, avec d'autres, selon le quotidien économique Les Echos du 5 décembre 2013 mais cette décision de l'Europe ne doit pas influencer notre raisonnement national.

1914 Bataille de la Marne : émission du centenaire oui
Avis : l'émission pour le centenaire de la Grande Guerre englobe cette importante bataille.
Le centenaire de 1914-1918 devrait être la seule célébration de l'année, s'il n'en fallait qu'une. "Le centenaire de la déclaration de la Grande Guerre s’impose à la mémoire de tous avec gravité et le désir de ne jamais revivre le cataclysme meurtrier et les traumatismes qu’elle a provoqués" note dans son avant-propos Aurélie Filippetti, Ministre de la culture et de la communication.

Nous avions un timbre-poste émis le 28 novembre 1940 avec le maréchal Joffre, artisan de la victoire alliée de la première bataille de la Marne (du 5 au 12 septembre 1914). Le site Phil-Ouest montre les timbres-poste évoquant la guerre de 1914-1918.

Le maréchal Joffre et la Marne,
une émission du 28 novembre 1940 
montrée par Phil-Ouest.
Henry Cheffer / Postes.

Et voyons comment les Européens envisagent la commémoration de 1914-1918 avec un lien vers un article de la Tribune de Genève ci-dessous.

Confusion entre devoir de mémoire et projet collectif
J'ai lu que début août 2014, la France devrait s'arrêter. Je ne sais pas si c'est la meilleure façon de rendre hommage aux victimes. La ferveur populaire ne peut résulter des commémorations - comme je l'ai indiqué plus haut en parlant du souvenir de mon grand-père - mais uniquement d'un projet collectif, ce qui n'est pas la même chose.

Le passé peut ne rien dire du tout de l'avenir, quand la jeunesse de France est méprisée, quand les entrepreneurs privés la laissent de côté. N'attendons pas d'une commémoration autre chose que ce qu'elle est : le souvenir authentique qui rend hommage aux morts, et à leurs familles.  

Le "réapprendre à vivre ensemble" est une autre démarche. Les morts souhaiteraient sans doute que les deux aspects ne soient pas confondus (l'hommage aux morts et le projet), même si sur le papier il est tentant pour un pouvoir un siècle après d'y voir la même chose.

C'est aux élites à se mettre en route pour élaborer avec imagination le projet collectif crédible aux yeux des "gens", puisque désormais des citoyens se pensent étrangement comme des "gens", et cette démarche projective est indépendante de toutes les commémorations de l'année. Ce projet collectif ne pourra être ni l'Europe ni la Méditerranée : tout cela est épuisé. Aussi, la fréquentation trop grande des plateaux de télévision et les vues à court terme de nos élites n'ont pas produit une fécondation idéologique dans laquelle nous pourrions aujourd'hui puiser. Le seau conceptuel est comme vide. Les chamanes modernes ont perdu le mana, il ne leur reste plus qu'à ficeler des programmes politiques à la va-vite, surtout pour rembourser la dette...

Il faudra un peu plus que des séminaires gouvernementaux ou des universités d'Été pour reconstituer le bassin asséché des idées. Le travail que réalise le Commissariat général à la stratégie et à la prospective pourrait être au mieux un accompagnement du déclin programmé : "La France dans dix ans sera à coup sûr plus vieille, plus petite et moins riche". Douter que des rapports venus de la technostructure proposent des représentations utiles pour le futur n'apporte pourtant rien de concret. La résignation n'est pas dans l'esprit français, cela pourrait être dit comme introduction à un projet collectif mais il va falloir sortir de la langue de bois et secouer le cocotier pour que ça marche. Un beau défilé sur les Champs-Élysées ne réenchante pas le corps social souffrant, c'est une évidence. Il faut surprendre pour nous éjecter de l'orbite tristounette sur laquelle nous sommes. Notre univers aussi est normal, il a produit de l'extraordinaire : commencé petit et hyper chaud, il est devenu gigantesque et froid. On verra bien.

1914 Assassinat de Jean Jaurès : oui
Avis : le centenaire de la mort de l'homme politique et orateur est au programme philatélique 2014, c'est parfait.
Jean Jaurès apparaît sur quatre timbres-poste français en 1936 (deux), en 1959 et en 1981, ce sera donc normalement le cinquième timbre. Malgré mes réserves liées à la trop grande récupération dont l'homme politique pacifiste est l'objet, je me réjouis de cette émission.

On devrait interdire d'afficher son portrait dans les bureaux des directions des entreprises de France, pour préserver le message de Jaurès et décourager d'éventuels processus d'hypnose managériale, au nom de la Nation, une minorité de bergers chefs d'entreprise pouvant tromper les bonnes brebis... Las, ces dirigeants joueurs de pipeau n'ont pas compris le rôle d'une éthique minimale en entreprise. Ils sont perdus dans leur roublardise, prenant les ressources qu'ils disent humaines pour des imbéciles dont la matière synallagmatique des contrats ne serait plus qu'une vaguelette baignant la plage de leurs espérances. Autrement formulé, il pourrait se trouver de la mauvaise foi de la part d'employeurs dans l'exécution de nombreux contrats de travail en France, mais l'attention portée à la seule question du chômage empêche les politiques de se pencher sur ce sujet. De la même façon, les conditions de travail, la question de l'égalité hommes-femmes et même le pouvoir d'achat passent au second plan. La réflexion sur le travail est comme plombée par l'urgence de la question de l'emploi. On se réveillera dans vingt ans en se demandant quelle forme de travail nous avons pu léguer aux nouvelles générations et pourtant, d'ici 2034, la flexibilité sera bien là. Et trop là ?

Naturellement, le détournement entrepreneurial de l'affiche de Jean Jaurès vaut pour tous les discours managériaux faux qui contribuent par leur permanence à l'altération de la valeur de la parole, tel un mur s'effritant sous l'action continue de pluies acides.

Un timbre-poste pour le 22ème anniversaire de la mort de l'orateur
émis par la France le 30 juillet 1936.
Montré par Phil-Ouest.
Achile Ouvré / Postes.

1914 Mort de Charles Péguy : oui
Avis : c'est bien, un timbre-poste est prévu pour le centenaire de la mort de l'écrivain et poète.
On a déjà un timbre-poste Charles Péguy émis en 1950. Cette nouvelle émission sera l'occasion de se pencher sur la critique de la modernité par Péguy, pour la comparer aux analyses actuelles qui ne passent plus par le canal de la foi chrétienne.

1914 Naissance de Marguerite Duras : oui
Avis : bof.
J'avais regardé une interview de Marguerite Duras où elle évoquait son roman Le Ravissement de Lol V. Stein (1964) et ça m'avait énervé. Pourtant, je m'énerve rarement. J'avais comme l'envie de la secouer avant même qu'elle ne parle. Et vous, n'aviez-vous pas l'envie de la secouer, à brûle-pourpoint ? De lui suggérer d'arrêter d'écrire ainsi il n'y aurait plus la moindre interview qui donnerait l'envie de la secouer ? Vous a-t-elle appris quelque chose de concret en amour ?

1914 Naissance de Haroun Tazieff : non
Avis : le volcanologue est oublié par le programme philatélique 2014.
Une émission commune avec la Pologne aurait été intéressante pour le centenaire du géologue et volcanologue, doué aussi pour la vulgarisation, né à Varsovie en 1914 et mort à Paris en 1998. Le programme philatélique 2014 semble mettre en avant la littérature par rapport aux sciences. Est-ce parce qu'il y eut un collector de dix timbres Les géants du Feu en 2012 ? Quoi qu'il en soit, une souscription est ouverte sur le site web du Centre Haroun Tazieff pour une biographie à paraître au mois d'avril 2014.

La lave, un timbre-poste du carnet 
le timbre fête le feu émis par la France le 16 octobre 2012
montré par Phil-Ouest.
Etienne Théry / Fabrice Lebon / OnlyFrance / ANA / La Poste.

Le timbre-poste au centre est celui du fameux volcan Eyjafjallajökull,
une émission de l'Islande du 22 juillet 2010.


1964 Mort de Maurice Thorez : non
Avis : pas d'avis.
Maurice Thorez (1900-1964), qui était-ce ? Il fut Secrétaire Général du Parti Communiste, Ministre et même Ministre d'État. Cela constitue, je le suppose, un contrepoids à l'inscription de la Première Restauration de 1814 dans la liste des célébrations nationales. D'accord, vieux, pour Louis XVIII et sa Charte octroyée mais tu m'inscris Thorez ! 

1964 Publication des héritiers de Pierre Bourdieu : non
Avis : la sociologie est importante mais on ne peut pas tout commémorer.
Pierre Bourdieu (1930-2002) est un grand sociologue, professeur au Collège de France, il a montré dans son ouvrage Les héritiers (1964) comment l'école est un mécanisme de reproduction sociale qui renforce les inégalités. Le mot héritiers s'entendant pour tous les héritages, qu'ils soient défavorables ou favorables du point de vue de la mobilité sociale. En effet, il suffit d'observer l'origine sociale des élèves de classes préparatoires aux grandes écoles pour avoir une idée du problème mais le phénomène existe à tous les niveaux d'une scolarité.

Les enseignants portent leur part de responsabilité dans une école qui n'a pas su neutraliser les mécanismes de domination et la Nation ne les a pas vus s'en expliquer. Les parents d'élèves devraient leur demander des comptes pour cela, logiquement, avec les bonnets de la couleur que vous voudrez. Ces enseignants portent également une responsabilité lourde dans la chute de la France dans les classements internationaux, puisqu'elle perd encore des places dans l'étude Pisa de l'OCDE en 2013. Le jugement fut gentillet à l'Assemblée Nationale, d'après ce que j'ai vu (des majorités politiques différentes se succédèrent sur la période évaluée par Pisa il semble).

L'Éducation Nationale française serait en quelque sorte en cessation d'efficacité, pour un coût toujours aussi élevé qui contribue à maintenir le niveau de nos impôts. Faut-il fermer la boutique ? Les citoyens peuvent-ils plus longtemps tolérer d'investir de l'argent public dans une école dont le rendement ne va pas ? 

Le Ministre vient d'ailleurs lui-même de reconnaître l'aggravation des déterminismes sociaux, nous sommes bien dans Bourdieu. Il n'est pas compréhensible que des personnes de niveau élevé comme le sont les enseignants ne voient pas les mécanismes de domination se perpétuer à l'école et dont ils se font - par leur coupable inertie - les agents. Leur faut-il une loi contraignante pour enfin le réaliser ? Et comment vont-ils réparer pour la Nation l'inconvénient à long terme qu'ils lui causent ? Par une baisse de leur rémunération ?

Il y a 50 ans :
Les héritiers, de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron.
L'échec de l'Éducation Nationale ?
(aux Éditions de Minuit).

Le Comité des Célébrations nationales a probablement souhaité attirer l'attention des citoyens sur les phénomènes de reproduction sociale qui éloignent d'une méritocratie. Le recours aux soutiens scolaires privés amplifie évidemment la reproduction sociale et nourrit une intense activité marchande autour du dysfonctionnement de l'école de la République.  

On se souvient aussi d'un autre ouvrage important écrit par Pierre Bourdieu La Distinction (1979) qui liait la préférence esthétique au capital économique et culturel dont chaque acteur social dispose. Et les héritiers reprennent ces influences, et donc même les activités extra-scolaires sont socialement déterminées. Tout cela reste d'actualité, d'autant qu'après la scolarité les féodalités sociales fonctionnent à plein régime en période de crise, le copinage (cette assurance gratuite contre la méfiance générale) étant assez répandu en France. 

Aux économistes de dire si ces éléments sociologiques expliquent en partie la médiocrité des performances d'une économie dans la mondialisation.


1964 Les Mots de J.-P. Sartre et son refus du Nobel : non
Avis : pas grave.
Jean-Paul Sartre n'est pas le seul à avoir refusé un prix Nobel, il y eut aussi Lê Đức Thọ en 1973 (prix Nobel de la paix). L'écrivain engagé n'a compris ni mai 1968 ni la dictature de Mao il semble mais il prit parti contre l'Algérie française.
Jean-Paul Sartre (1905-1980),
une émission du 25 février 1985
montrée par Phil-Ouest.
Jacques Jubert /Postes.

1964 Le plafond de l'Opéra Garnier de Chagall : non
Avis : ça aurait fait un beau timbre.
Le 23 septembre 1964 était inauguré le nouveau plafond de l'Opéra Garnier, une création de Marc Chagall commandée par André Malraux et Georges Pompidou. Je crois que l'artiste refusa d'être payé pour son travail. Voir une vidéo du 21 septembre 1964 sur le site de l'INA

Un timbre-poste évoquant Marc Chagall avec Les Mariés de la Tour Eiffel, a été émis par la France le 12 novembre 1963.

La suite !
Nous avons Nicolas de Staël, Alphonse Bertillon, Frédéric Mistral, Romain Gary, la Caisse nationale des monuments historiques et des sites, l'institution de l'impôt sur le revenu (ah !), Louis de Funès, Raymond Aubrac, Félix Leclerc, Luis Mariano (Chi-ca ! Chi-ca ! Chic ! Ay ! Ay ! Ay !), l'incendie de la cathédrale de Reims, Alain Fournier, Jean Bouin, le premier combat aérien de histoire et Henri Langlois plus Héliodore Camille Mortenol, Lucien Bodard, Paul Déroulède, Gaston Calmette, Paul Tortelier, Charles Fehrenbach, Bernard Dorival, Joseph Déchelette, Albert de Mun et Godefroy Scamaroni et aussi Joséphine de Beauharnais (1763-1814), Jeanne de France (1464-1505, une fille canonisée de Louis XI), Catherine Deneuve (Les Parapluies de Cherbourg en 1964), Du Guesclin (pour son épopée, bon). C'est aussi le bimillénaire de la mort de l'empereur Auguste, le vainqueur d'Actium insensible au charme de Cléopâtre. Voir sur le site des Archives de France.

Il existe le mot-dièse #Commemo14 des Archives de France pour suivre les commémorations de 2014.

Voir
Les commémorations nationales de 2014, recueil publié sur le site du Ministère de la Culture

Ce billet a été mis à jour le 4 décembre 2014.

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