Drop Down MenusCSS Drop Down MenuPure CSS Dropdown Menu

26 août 2014

Un éco-calculateur de La Poste

Objectif zéro C02

En septembre 2011, La Poste en France présentait sa nouvelle gamme de courrier rapide, intégrant la Lettre verte, écologique et responsable. Cette lettre verte était alors au tarif de 0,57 € pour une distribution dans les 48 heures. Aujourd'hui, La Poste propose un éco-calculateur, qui avait été annoncé dès septembre 2011, un outil de calcul de l'empreinte carbone des offres du courrier. Il permet d'évaluer votre émission en équivalent CO2 quand vous postez une lettre. D'emblée, le site m'indique que je génère des tonnes d'éq. CO2 par an en moyenne à moi seul et pas uniquement à cause de mon courrier. C'est incroyable. Aussi, un blogueur doit émettre beaucoup plus de CO2 qu'un internaute moyen et peut-être davantage qu'un philatéliste.

Une lettre verte de moins de 20 grammes
de Paris à Nantes représente une émission de 19,7 grammes éq CO2

Premiers calculs
Essayons. J'inscris une lettre verte de moins de 20 grammes de Paris à Nantes. Je calcule. Le verdict est : 19,7 grammes d'éq. CO2.  Cela correspond à une photographie envoyée par "e-mail" à un proche me dit le programme. En lettre prioritaire, le même trajet donnerait 31,7 g d'éq. CO2 et en éco-pli 20 g d'éq. CO2. Donc l'écopli (la Marianne grise à 0,59 €) me génère un différentiel de 0,3 g d'équivalent CO2 sur ce trajet. La lenteur du tarif écopli polluerait davantage que la lettre verte.

Par ailleurs, l'ADEME qui est l'agence pour le développement et la maîtrise de l'énergie a évalué qu'un courriel ou "e-mail" d'un mégaoctet (1Mo) équivaudrait à 19 g d'éq. CO2 en 2011. Donc une lettre verte polluerait un peu plus qu'un courriel. Pour l'instant, l'éco-calculateur ne permet pas d'évaluer l'empreinte CO2 des courriers à destination de l'étranger, cela demanderait le partage de la même méthodologie pour différentes administrations postales.

Lire la notice méthodologique
La méthodologie de l'outil a été développée par le bureau d'études spécialisé Evea Conseil. Les facteurs d'émissions utilisés dans l'outil proviennent du Bilan Carbone® version 6.1 du guide des facteurs d'émissions. Ce guide précise qu'on ne peut pas mesurer directement les émissions de gaz à effet de serre d'une action donnée et donc au lieu de faire des mesures directes, on les obtient par un calcul qui transforme les flux physiques en émissions.

La lecture de la notice méthodologique est indispensable pour mieux comprendre le périmètre pris en compte dans la mesure des émissions de CO2. Le périmètre est clairement défini et nous y voyons les transports, les bâtiments, et la partie numérique pour les offres comme La lettre en ligne.

La notice méthodologique : l'éco-calculateur de La Poste calcule l'empreinte
carbone depuis l'entrée du produit dans le réseau postal
jusqu'à sa distribution auprès du destinataire.

Compenser est l'étape la plus importante
L'éco-calculateur est la première étape de la démarche de La Poste. La deuxième est la réduction des émissions liées à l'activité, la troisième est la compensation. En toute logique, la neutralité n'est réalisée qu'après la compensation.

Le guide de l'ADEME définit la compension : "on entend par mécanisme de compensation le fait de financer un projet de réduction des émissions ailleurs que dans l’entité concernée, avec l’idée de « défalquer » de ses propres émissions les émissions économisées « ailleurs »".

 
La Poste garantit la neutralité carbone
du transport et de la distribution du courrier.

La Poste devrait préciser comment cet "ailleurs" se concrétise, quels projets de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans d'autres domaines que ceux liés à son activité habituelle (séquestration d'émissions de CO2, aides aux territoires vulnérables, économies d'énergie etc) sont financés. 

On sait déjà que pour l'activité Colissimo, il existe en partenariat avec Ecoact un projet de protection de la forêt au Kenya et un autre de régénération de la forêt tropicale à Bornéo. Ecoact explique bien comment fonctionne la compensation. L'idéal serait de disposer d'un document précis présentant l'ensemble des activités liées au courrier de La Poste, avec leur impact en équivalent-tonnes d'émissions de CO2, les actions de réduction d'émissions entreprises, et dans une dernière colonne la liste des actions de compensation, au sens défini par l'ADEME, avec les chiffres où nous verrions la compensation s'opérer strictement. Bien-sûr, il faut commencer par la mesure des émissions de gaz à effet de serre (GES).

La compensation volontaire, démarches et limites,



Le cas des transports
Prenons par exemple la partie des transports. Y figurent les émissions de CO2 des transports des véhicules de La Poste mais pas celles des déplacements domicile-travail des salariés de La Poste, ni celles des déplacements des clients de La Poste vers les boîtes aux lettres. Ainsi, si le postier Pierre se rend à son bureau de poste avec son 4x4 et si Martine va poster sa lettre verte avec une grosse cylindrée, c'est assez mauvais en équivalent CO2 et l'éco-calculateur ne peut pas en tenir compte. C'est donc à la collectivité publique, responsable de l'urbanisme et des transports, de présenter un bilan carbone en amont pour Martine et pour Pierre.

On peut toujours regretter que la dimension des transports du domicile au lieu de travail ne soit pas intégrée aux premiers calculs présentés. Pour situer les choses, en Île-de-France, la portée moyenne d'un déplacement est de 4,4 km selon l'enquête globale transports de 2010 et on a, pour l'Île-de-France, environ 93 grammes de CO2 par kilomètre parcouru (source : INSEE) pour se rendre sur son lieu de travail. Donc le postier Pierre représentera une empreinte d'au moins 400 grammes de CO2 pour rejoindre son lieu de travail.

Si nous conservons cette valeur moyenne de 93 grammes par kilomètre pour avoir une idée de l'empreinte carbone d'un déplacement vers une boîte aux lettres, nous avons 9,3 grammes de CO2 pour tout déplacement de 100 mètres. Si votre boîte-aux-lettres est située à 250 mètres de votre domicile, cela fait tout de suite 23,2 grammes de CO2 qui seront à ajouter à l'empreinte carbone de votre lettre. Avant même son entrée dans le réseau postal votre lettre a une empreinte carbone, ne l'oubliez pas. 

Ces deux déplacements, celui du postier se rendant à son travail et celui du client vers une boîte aux lettres, ne seront donc pas compensés puisqu'ils échappent à la mesure selon la notice méthodologique. Cependant La Poste ne peut pas compenser un ensemble d'intrants émetteurs de CO2 qui relève d'abord d'une responsabilité collective voire d'erreurs sociétales (urbanisme, types de véhicules en circulation).

Voir
La notice méthodologique de l'éco-calculateur de La Poste
EGT 2010
INSEE, les indicateurs de déplacements (2007) 
Guide méthodologique version 6.1, Bilan Carbone ADEME 2010 
Article Neutralité carbone, de Wikipédia 
La compensation, selon Ecoact 
La compensation volontaire, démarches et limites, document de l'ADEME (notamment le cas de la compensation volontaire en France et ses difficultés, page 12)
La démarche volontaire de neutralité carbone à La Poste, une belle présentation sur Sidièse TV
Véhicules électriques, un billet du 29 mai 2012

0 commentaire:

Il n'y a pas encore de commentaires.
Soyez le premier à réagir !
Un billet proposé