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18 novembre 2014

La Nouvelle France Industrielle

34 plans pour réindustrialiser

Une vidéo présentée sur le site de la Présidence de la République indique que la France se réinvente, on entend les termes de priorités de la politique industrielle de la France, de réindustrialisation, il est dit que la France se relève et je pourrais presque croire qu'elle se trouve à terre. L'épaisseur historique d'une Nation rend cette réinvention relative, heureusement.

12 timbres et 34 plans
Douze timbres-poste sont émis en octobre 2014 avec un carnet sur le thème de la réindustrialisation : Usine du futur, Transition numérique, Développement durable, Patrimoine, Gastronomie, Transition énergétique, Elégance, Economie sociale et solidaire, Exportations, Métiers d'art et Innovation 2030. On ne retrouve pas exactement les libellés des plans définis par le ministère de l'industrie ; par exemple pour le timbre de l'élégance.

La couverture du carnet La nouvelle France industrielle
(en Lettre Verte).
Christelle Guénot / Phil@poste.

La nouvelle France industrielle, 
un carnet de 12 timbres-poste autoadhésifs émis le 27 octobre 2014.
Christelle Guénot / Phil@poste.

La Nouvelle France Industrielle a été annoncée par les pouvoirs publics le 12 septembre 2013 et comprend 34 plans dits de reconquête industrielle. Chaque plan est piloté par un chef de projet. Par exemple, le satellite à propulsion électrique a pour chef de projet le CNES. Ces plans sont dits avoir un rôle moteur dans la création d'activité et d'emplois.


Le satellite électrique fait partie des 34 projets du
gouvernement au titre de la Nouvelle France Industrielle.
Vu sur CNESMag numéro 63 d'octobre 2014.

La propulsion électrique fut proposée pour la première fois en 1905. La Lettre de la 3AF numéro 6 a consacré un dossier au sujet en juin 2007. La revue du CNES numéro 63 rappelle que la France excelle dans le domaine de satellites géostationnaires de télécommunication qui représente 8.000 emplois et 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires consolidé.

La propulsion électrique est déjà utilisée pour le maintien à poste des satellites (corriger l'orbite qui subit des perturbations), elle s'étend désormais à la mise à poste (amener le satellite sur son orbite). La propulsion chimique produit des accélérations fortes mais a pour inconvénient le poids des ergols. La propulsion électrique va réduire l'encombrement du système propulsif, de la masse d'ergols et donc du coût. Si la même charge utile est conservée, on peut embarquer des instruments supplémentaires. Dans la propulsion électrique, les délais de mise à poste sont plus grands.

Crise ou mutation ?
Cette Nouvelle France Industrielle fait penser aux grands programmes au cœur de la politique industrielle française : au Concorde en 1962, au Plan Calcul de 1966, au TGV ou au nucléaire civil.

Comme pour toute politique économique, l'État intervient pour corriger l'imperfection du marché. Il s'agit d'un néo-colbertisme, une tentation qui existait déjà en 2009, qui revient sur le devant de la scène. En effet, l'industrie française souffre d'un positionnement en moyenne gamme et la part de la valeur ajoutée de l'industrie reste faible. Le présupposé est que les économies qui sortent le mieux de la crise ont une industrie forte. 

Mais s'agit-il d'une crise ou d'une mutation qui, selon quelques sociologues, pourrait se terminer par la fin du capitalisme dans les années 2040 ? On ne sait pas ce qui finit, c'est cela qui rend le pilotage difficile. La gouvernance des biens par la communauté n'est pas encore théorisée en Europe dans des schémas non marxistes ni d'ailleurs l'homme économique qui renoncerait aux besoins pour sauver la planète. La propriété privée des moyens n'est pas pour l'instant dissoute par les nouveaux partages collaboratifs encouragés par l'Internet et il n'y a pas réécriture de l'article 17 de la déclaration universelle des droits de l'homme.

Usine du futur, la Nouvelle France Industrielle, 
une émission de la France le 27 octobre 2014.
(Vu sur WikiTimbres).
Christelle Guénot / Phil@poste.

L'usine du futur, c'est celle où il n'y a plus personne. Non, Je blague. C'est une usine avec davantage de robots pour relancer la compétitivité. Ce sera une usine plus écologique, plus intelligente et qui, selon le document de présentation des feuilles de route, "devra remettre l’humain au cœur de la relation homme-machine". Sur le timbre-poste ci-dessus nous voyons un pictogramme de robot (il a une antenne sur la tête) qui intervient sur des engrenages.

Alors où est l'homme au travail ? Comme diraient nos amis anglophones et c'est à prononcer à la façon d'une série de science-fiction des années 1950 pour mettre beaucoup de suspense : where is the man into the plant ? Nobody knows. Il supervise : je m'en doutais. En fait, les entreprises expérimentent un management qui redonne de l'autonomie aux acteurs dans l'entreprise. Voir par exemple l'organisation qui responsabilise chez Michelin. Les cercles de qualité connus en France depuis au moins une trentaine d'années avaient commencé à créer une dynamique.

Quel rôle pour l'État au XXIe siècle ?
Quels sont ces 34 plans ? Il y a la voiture pour tous consommant moins de 2 litres aux 100 km, les bornes électriques de recharge, l'avion électrique et les nouveaux aéronefs, l'autonomie et la puissance des batteries, le satellite à propulsion électrique, l'usine du futur, les réseaux électriques intelligents, les logiciels et systèmes embarqués, les supercalculateurs, le cloud computing, la souveraineté des Télécoms, la cybersécurité, la réalité augmentée, les textiles techniques et intelligents, la qualité de l'eau et la gestion de la rareté, les produits innovants pour une alimentation sûre, saine et durable, les industries du bois, la rénovation thermique des bâtiments, la santé numérique, les dispositifs médicaux et les nouveaux équipements de santé, les objets connectés, l'e-éducation, la robotique, le Big Data, le TGV du futur, le véhicule autonome, la chimie verte et les biocarburants, les services sans contact, les biotechnologies médicales, les dirigeables et charges lourdes et drones civils, les navires écologiques, le recyclage et les matériaux verts, les énergies renouvelables, et enfin la nanoélectronique. C'est beaucoup 34.

Transition énergétique, la Nouvelle France Industrielle, 
une émission de la France le 27 octobre 2014.
(Vu sur WikiTimbres).
Christelle Guénot / Phil@poste.

Qu'est-ce le cloud computing ? C'est littéralement l'informatique dans les nuages et c'est un peu flou. Disons que peu importe où se trouvent sur Terre les infrastructures informatiques, l'essentiel est d'avoir accès à une capacité de calcul. Et le Big Data, qu'est-ce ? Le terme daterait de 2008. C'est le problème posé par la gestion d'énormes volumes de données numériques donc avec le besoin de trouver des méthodes et des matériels pour obtenir une vitesse d'accès en temps réel convenable.

Des esprits pensent que ces plans sont une création technocratique de cerveaux d'énarques de gauche qui auraient mieux fait de revoir la fiscalité et le code du travail plutôt que de courir derrière une réindustrialisation, dans un contexte de grande défiance envers le politique. D'autres pensent que cette communication de politique industrielle donne un cap au navire.
 
Electromobilité, la Nouvelle France Industrielle, 
une émission de la France le 27 octobre 2014.
(Vu sur WikiTimbres).
Christelle Guénot / Phil@poste.

Qu'est-ce que l'électromobilité ? C'est choisir de se déplacer avec des véhicules électriques, pour des trajets courts, qui vont régulièrement à des bornes de recharge. Les batteries sont généralement louées.

Le mode de création des élites françaises n'a pas accordé à l'industrie la place qu'elle mérite. Dans la mentalité française, l'industriel est moins souvent celui qui apporte une innovation, que celui qui exploite la main d'œuvre pour s'enrichir ou celui qui utilise aujourd'hui des étudiants stagiaires pour réaliser à bas coûts le travail à la place de professionnels.

Aussi, si un industriel ne pense pas au futur, est-ce à l'État de le faire au XXIe siècle ? La logique voudrait que cet industriel ferme boutique puisqu'il a géré "à la papa", au lieu d'anticiper les évolutions de son marché. L'intervention de l'État ne va pas de soi mais c'est de la stratégie. Qu'est-ce que la stratégie ? C'est un sous-dessein. Le dessein, c'était avant la mondialisation actuelle et maintenant il ne reste que la stratégie ; un pays bricole un peu chez lui ce qu'il espère encore maîtriser.

Une présentation de La Nouvelle France Industrielle.


Souhaitons que cette nouvelle France Industrielle intègre l'ensemble de la population, je pense à l'élévation du niveau des qualifications sur laquelle il conviendrait d'insister. L'égalité des rémunérations et des carrières entre hommes et femmes devrait être améliorée. Le management doit se montrer aussi moderne que les technologies mises en œuvre. Produire des objets techniques magnifiques avec des organisations archaïques (voir la question de la qualité moyenne du dialogue social) serait bien dommage pour une France qui se réinvente.

Voir
La Boutique de La Poste
La nouvelle France industrielle, Elysée.fr
La nouvelle France industrielle, un dossier de presse du Ministère de l'Economie (fichier Pdf)
Les grands programmes historiques, sur Viepublique.fr
La politique industrielle de la France (1 et 2), sur BSI-economics.org déc. 2013 et jan. 2014
La valeur ajoutée, le grand défi de l'industrie, sur Apidoc.fr
L'électromobilité, sur 7pm-auto.fr le 29 janvier 2014 (vidéo)

Ce billet a été modifié le 27 novembre 2014. 
Il faudrait suivre ce dossier pour apporter des compléments au fil des années, pour mesurer la part de reconquête qui fonctionne, ou au contraire celle qui sera abandonnée ou restera au stade de discours moderniste mais sans grand effet. Ce discours moderniste devrait surtout provenir de l'entreprise elle-même pour donner à nos jeunes l'image de sociétés privées qui pensent à l'avenir au lieu de leur montrer un monde entrepreneurial de comptables gémissants.

C'est vrai que l'entreprise française couine, gémit beaucoup, encaisse néanmoins ses dividendes avec grâce, produit de belles élites, sourit quand le président ou le ministre sont en visite dans ses ateliers lustrés pour l'occasion, mais que fait-elle pour le futur de ses enfants ? Il est légitime de se le demander. Qu'est-ce qui se passe dans la boîte ? C'est un mystère. Assurément, il y a là un signe de grande richesse : ne pas investir sur la jeunesse, quelques pays seulement peuvent se l'offrir. C'est un diamant étincelant sur le doigt inquiet de la Nation, ça !

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