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28 juin 2015

Grèce : vers un retour des faciales en drachmes ?

La fin de l'illusion

Dans mon billet, vous découvrirez la maïeutique mise à mal par le désastre grec et vous verrez que l'Europe devient un Dracula un peu particulier (avec une perfusion accordée aux victimes). Athènes restera-t-elle le bronze-fesses des vieilles peaux allemandes ? La souveraineté nationale n'est-elle que pour rire dans les manuels de droit constit' ? La pétoche est-elle une géopolitique ? Que signifie signer sans croire ? Un pays entier peut-il devenir un laboratoire expérimental ? Et retourner vivre chez Papa-Maman à 30 ans, est-ce un destin ? Les questions sont vraies, le feuilleton interminable.

En 2011, la presse française évoquait "des détails techniques très complexes" à régler au sujet de la Grèce et je ne croyais pas du tout à cette présentation légère. En regardant les informations télévisées ce soir, je vois que l'Allemagne peut lâcher la Grèce. 

Faut-il s'attendre à un retour de faciales en drachmes sur les timbres-poste de ce pays qui fut le 12ème membre à adopter l'euro en 2001 ? Un défaut de paiement ne veut pas dire une sortie automatique de la Grèce de la zone euro, le "feuilleton" peut durer encore plusieurs mois. On verra bien : pour les Grecs, c'est un choix entre l'austérité subie et l'aventure choisie. Au fond, la construction européenne était déjà un projet aventureux, rendu barbant pour notre jeunesse (aussi des meubles encombrants peuvent tarder un peu à être mis à la benne), même avant la crise grecque.

 En 2001, les timbres-poste grecs
présentaient une faciale double en drachmes et en euros.
 

Comme un western

Souvenez-vous, le Peuple français avait dit "Non" à plus de 54 % au référendum du 29 mai 2005. C'était un grand moment de démocratie. Dix ans après, le spectacle offert par l'Europe est pathétique. Un distributeur vide de billets de banque, des reçus imprimés de retraits qui jonchent le sol... Ils sont emportés par le vent. On pourrait en faire un western contemporain. Au pied de l'Acropole, ça aurait de la gueule. Athènes pourrait saisir la justice contre sa sortie de l'euro. Non ? Si ! Melina, où es-tu (Melina Mercouri avait chanté la Grèce avec talent) ?


Serait-ce la fin de l'illusion qu'un ensemble aussi hétéroclite de pays, en réalité une arène pour des groupes économiques de pression, pourrait porter de hautes valeurs ? La France par exemple n'a pas eu besoin d'Europe pour avoir ces valeurs, nous avions même l'Europe contre nous à partir du moment où nous avons aboli les privilèges lors de notre Révolution française (août 1789).

 
Un souvenir du "Non" en France.

Mon petit "plus" philo :

Vers un procès de la maïeutique ?

Si la Grèce est venue dans l'Europe au nom de Socrate et de Platon, alors ne serait-il pas temps de faire le procès de la maïeutique, de Socrate qui aura plongé sans le savoir un pays entier dans une austérité aggravée ? 

À ce prix-là, ne faut-il pas jeter Platon, Socrate et tous les autres dans le port du Pyrrhée pour un naufrage philosophique, un de plus ? L'art de l'accoucheur serait stoppé et le bien-être de millions d'Européens préservé. 

C'est une conséquence inattendue de la crise grecque : l'individu occidental ne peut plus porter en lui-même des vérités qu'il ignore. Il ne porte plus que le poids colossal de sa dette et la seule chose qu'il enfante, ce sont des remboursements. Tel serait donc le message de l'Europe unie, coupable d'avoir admis un pays au nom d'idéaux philosophiques, sans considération pour les peuples concernés. Rembourser c'est être, au fond.

Socrate, coupable 2400 ans après
d'avoir plongé la Grèce dans une situation intenable ?
Détail du tableau de David, sur Wikipédia.

Les Grecs avaleront leur chapeau 

La peur géopolitique ou pétoche va ajouter hélas une louche d'austérité au désastre économique et social grec actuel, malgré le non au référendum. Le maintien dans l'euro sera probablement le maintien du problème à moyen terme mais ceux qui le décident ne seront plus aux affaires quand viendra le moment de le comprendre.


Les Grecs ne montrent pas une "détermination" comme on l'a entendu en France après les propositions du gouvernement grec le 10 juillet 2015, en vérité ils avalent leur chapeau. Il y a comme souvent un habillage de la communication qui pourrait tromper un débutant. Dans les négociations, les parties trouvent toujours d'éminentes qualités à la fin au partenaire qui a perdu.

Un MonTimbrenLigne du Parthénon,
oblitéré le 25 mai 2010.

"Une bonne nuit pour l'Europe"

On a appris au matin du lundi 13 janvier 2015 la conclusion d'un accord pour un troisième plan d'aide à la Grèce (plus de 80 milliards d'euros) après 17 heures de négociations difficiles. En France, il a été dit que ce serait "une bonne nuit pour l'Europe".


Un déni spectaculaire de démocratie
Il se confirme que la Grèce avale son chapeau : l'inutilité du référendum (donc un déni de démocratie) et des réformes invendables (la réforme de la tva) pour une population grecque déjà éprouvée. Rappelons que la tva est un impôt injuste puisqu'il frappe les ménages les plus modestes comme les autres. 

La privatisation des actifs publics grecs (50 milliards évalués on ne sait comment) et la hausse des prélèvements sur les entreprises ouvriront les vannes à de nombreux licenciements : l'entrepreneur ajuste toujours à la baisse sa masse salariale en pareil cas.

Une fragilité juridique
Aussi, le Parlement grec paraît comme placé sous le contrôle strict des créanciers, ce qui pourrait s'analyser comme une atteinte portée à une souveraineté nationale. 

Demain, un constitutionnaliste serait fondé à estimer qu'aucune des lois adoptées par le Parlement grec dans ces conditions après le 13 juillet 2015 ne traduit une libre souveraineté nationale. Il démontrerait par exemple que les députés grecs agissaient sous la pression extérieure, avec des délais très brefs imposés à eux, dans une urgence dictée par des personnes étrangères ou dans la crainte provoquée, et non comme des représentants libres. Une fragilité juridique peut découler de ces quelques lignes :
"Ce n'est qu'après - et immédiatement après - que les quatre premières mesures susmentionnées auront fait l'objet d'une mise en œuvre au plan juridique et que le Parlement grec aura approuvé tous les engagements figurant dans le présent document"... dans le texte de la version française de l'accord conclu à Bruxelles le 13 juillet 2015.

La souveraineté est inaliénable et imprescriptible, il paraît. Il ne serait même pas utile d'évoquer le résultat du référendum grec en appui du raisonnement (pour ne pas faire appel à la notion de souveraineté populaire). Un ministre du gouvernement grec a ouvertement parlé d'un accord forcé et imposé sous la pression dès le 13 juillet 2015. Le premier ministre grec a indiqué d'ailleurs le lendemain ne pas croire à l'accord signé avec les créanciers, du fait de la menace du désastre. C'est-à-dire que par ce propos, le premier ministre grec a reconnu clairement ne pas avoir disposé de la liberté qui appartient à un État moderne. Une colonie par exemple n'a pas cette liberté.

Ce coup, comme on l'a nommé, consacre le primat du financier sur le politique : voter sert moins que de retirer quotidiennement 60 euros au distributeur de billets de banque et plus, et tout, à la minute même où ce sera possible en Grèce.

Vers une crise politique en Grèce ?
Si la croissance économique ne revient pas en Grèce rapidement, ce pays ira vers une nouvelle crise politique qui démontrera qu'un gouvernement d'extrême-gauche ne peut tenir la route dans une Europe libérale. Derrière la façade de la "solidarité" européenne, les arrière-pensées existent. Même DSK, cité par le quotidien Le Monde le 18 juillet 2015 accuse l'Europe d'une "victoire idéologique sur un gouvernement d'extrême-gauche".


La pétoche, une géopolitique ?

La géopolitique ou l'urgence : il faut choisir
Ces négociations ont abouti par peur : peur géopolitique et peur pour les dirigeants européens d'assumer les conséquences de l'incurie passée. Le stock géant de dettes reste, il y a seulement un rééchelonnement. 

Sur le plan des dépenses militaires à diminuer, il est à craindre que les chars grecs n'aient plus beaucoup de carburant pour rouler. Une bonne nuit pour l'Europe ?

Prudence
Le "feuilleton" grec va se poursuivre durant l'été, et largement au-delà. Certains responsables politiques convoquent trop rapidement l'histoire, dans une attitude qui flatte l'ego. En 1919, les signataires du Traité de Versailles pensaient aussi écrire l'histoire, mais ne voyaient pas les conséquences désastreuses des frustrations créées.

Stratégie de corrosion

La souveraineté nationale en question
La génération de crises européennes à répétition, loin d'être anodine, pourrait être le moyen trouvé par les tenants du fédéralisme européen pour imposer leurs vues et déposséder, par une sorte de corrosion entretenue, les nations de l'attribut de souveraineté. 

C'est confirmé : la France évoque un gouvernement d'un "gouvernement de la zone euro" le 19 juillet 2015. Il aura fallu 6 jours depuis la conclusion de l'accord sur le troisième plan d'aide pour voir un premier pion s'avancer : l'idée d'un gouvernement de zone monétaire. Quel sera le deuxième ?

Un peuple-cobaye 
L'aspect volontaire des crises de l'Europe peut mettre à genoux une économie entière pour les besoins de la démonstration. Le peuple grec devient alors un peuple-cobaye, conduit au laboratoire - comble du paradoxe - par celui-là même qui devait desserrer l'étreinte mortifère des créanciers.

Périclès, c'est toi là-bas dans le noir ?

Dracula, le nouveau visage de l'Europe
Qu'est l'idéal européen devenu ? Un Dracula particulier qui aspire à perfuser éternellement ses victimes. Pour mieux les mordre ? Le troisième plan irrigue ce qui va être gobé aussitôt (des dizaines de milliards), aussitôt recyclé pour garantir finalement les retraites des vieilles peaux d'outre-Rhin. Athènes est en Transylvanie.

Retour chez Papa-Maman
La jeune femme grecque de 30 ans, la lointaine héritière de Périclès qui retourne aujourd'hui vivre chez ses parents, parce qu'il n'y a rien d'autre à faire, peut se dire Platon m'a TueR. L'helléniste Jacqueline de Romilly, disparue en décembre 2010, aurait peut-être vu dans ce non-sens social une confirmation de l'entrée dans une ère de barbarie.

Voir
La défaite de la Grèce, la défaite de l'Europe, sur La Tribune le 13 juillet 2015
Grexit : Athènes pourrait saisir la justice, Le Figaro le 30 juin 2015
De la Grèce, brève note, un billet du 21 juillet 2011
Drachme moderne grecque, un article de Wikipédia
La Grèce inapte à la survie en cas de sortie de la zone euro, Huffington Post le 19 juin 2015 par le sociologue Michael Kelpanides
Le Sisyphe grec va-t-il continuer à rouler l'Euro ? sur Les Observateurs.ch le 21 juin 2015

Ce billet a été modifié le 19 juillet 2015.

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