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9 août 2015

Le drapeau européen a 60 ans

Un drapeau reconnu, une construction contestée (billet long)

Le drapeau aux douze étoiles d'or sur fond d'azur a été adopté par le Conseil de l'Europe et ses 14 membres d'alors plus la Sarre en 1955. Cette terre qu'est l'Europe se cherchait une identité vexillologique depuis les années 1920. Le drapeau fut ensuite adopté par les Communautés européennes en 1985. Anca Cristina Sterie, de l'université de Lausanne, a montré que la construction de ce drapeau européen se caractérise par l'indécision et l'absence de choix démocratique.

En avril 1955, deux projets étaient sélectionnés, celui d’Arsène Heitz, un agent du Conseil de l’Europe, une couronne de « douze étoiles d’or à cinq rais, dont les pointes ne se touchent pas », et une proposition de Salvador de Madariaga, une constellation d’étoiles. C'est le premier projet qui l'emporta. Le drapeau retenu fut officiellement présenté au château de la Muette à Paris le 13 décembre 1955.

 Conseil de l'Europe (47 États membres).
Le Drapeau européen a 60 ans, une émission de la France le 5 octobre 2015.
(Vu sur WikiTimbres).
Bruno Ghiringhelli / d'après une photographie du Conseil de l'Europe
/ Phil@poste.

Le timbre-poste ci-dessus montre une vue nocturne de la façade du Palais de l'Europe à Strasbourg, capitale européenne depuis 1949. Il s'agit je pense d'une projection lumineuse d'un balai d'étoiles composant le drapeau européen. Cette façade avait déjà été représentée sur un timbre-poste français en 1981 et le drapeau européen figurait sur des timbres-poste Conseil de l'Europe émis en 1963 et 1965.

Un emblème plus qu'un drapeau ?
Un emblème représente généralement une idée, un drapeau généralement un pays doté de l'entière souveraineté. L'Office des publications européennes parle d'emblème. Il reste encore une dispute sur le flou de ce statut qui est ressentie quand les deux drapeaux, le national et l'européen, figurent l'un à côté de l'autre. Le citoyen sait qu'ils ne sont pas équivalents et que l'un pourrait se trouver derrière l'autre, parce que l'un est lié à une souveraineté nationale, quand l'autre ne l'est absolument pas. Le protocole pourrait d'ailleurs parfaitement réfléchir à cela, plaçant le drapeau européen par exemple à un mètre derrière le drapeau national.

Ci-dessous, j'ai photographié l'entrée principale du château de Chambord en septembre 2011. Le drapeau européen était placé au même niveau que le drapeau français. Quand le vent souffle, le drapeau tricolore peut donc se trouver en partie masqué. Je préconise de descendre le drapeau européen pour le mettre dans un coin, en attendant qu'une étude soit menée sur l'utilité de la présence du drapeau européen au Domaine national de Chambord. C'est quand même par là que le visiteur arrive, l'argument touristique est insuffisant.

 Entrée du château de Chambord :
que fait-là ce drapeau européen ?
(photo JD).

Une vue sous un angle différent.
(photo JD).

Il existe peut-être des cas où le drapeau européen est le seul présent sur un site donné (en dehors des bâtiments officiels des institutions européennes), mais je n'ai pas encore trouvé.
"Un des intérêts principaux dans la recherche d’un drapeau a été d’offrir un symbole visuel à la masse". A. Cristina Sterie.
Ce serait donc l'emblème européen qui a 60 ans, symbole offert aux peuples comme un pompon sur le manège européen, identité ajoutée aux identités nationales. La citoyenneté de l'Union complète la citoyenneté nationale et ne la remplace pas ; il est dit que la citoyenneté européenne est une citoyenneté de superposition mais dont les contours demeurent flous. On lira à ce sujet le texte de C. Denizeau de 2013 :  "la citoyenneté est constituée de droits qui forment un agrégat hétérogène, qui n’ont pas suffi à faire naître un sentiment d’appartenance à l’Union et qui n’ont entraîné qu’une participation timide des citoyens à la vie de la cité". Aïe.

La façade du Palais de l'Europe à Strasbourg,
siège du Conseil de l'Europe,
une émission de la France du 21 novembre 1981
avec une faciale de 2,30 francs.
(timbre-poste vu sur WikiTimbres).
E. Lacaque / Postes.

Nous pouvons voir dans ce drapeau l'emblème de plus haut niveau de la construction européenne, parmi plusieurs autres des institutions européennes : le parlement, la banque centrale européenne, etc. Voir l'iconographie institutionnelle.

Le drapeau européen, douze étoiles d'or sur un champ d'azur,
symbole d'union, de solidarité et d'harmonie des peuples européens.

Une référence directe aux apôtres
Un texte avec questions et réponses du Conseil de l'Europe de 2005 précise :
"Le drapeau symbolise les peuples d'Europe, le cercle représentant leur union. Le nombre d'étoiles, 12, est fixe : ce chiffre représente la perfection et la plénitude, comme les douze apôtres, les douze mois de l'année, les douze signes du zodiaque. Il existe de nombreuses autres histoires autour du drapeau européen. Ainsi, les étoiles seraient l'idée d'un Européen vivant en Asie qui pensait à sa terre natale chaque fois qu'il regardait l'étoile du berger, Vénus. D'autres racontent que les étoiles ont été choisies pour éviter les symboles religieux".
Un symbolisme marial évident
Le cercle des douze étoiles d'or voudrait symboliser l'union, la solidarité et l'harmonie entre les peuples d'Europe. Il n'est pas exact de dire que le symbolisme religieux est évité avec ces 12 étoiles. En vérité les étoiles renvoient au symbolisme marial, c'est-à-dire que Marie prend part au règne du Christ, que Marie est au ciel intensément vivante, aimante, agissante, jubilante, etc.
"Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme ! le soleil l'enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête". Apocalypse, (12,1).
Les étoiles de l'Immaculée Conception.
Wikipédia (détail du peintre Francisco de Zurbarán).

Saint Bernard de Clairvaux précisait que le front de l'Immaculée Conception était plus éclatant que les étoiles, et donc qu'il orne plus qu'il n'en est orné. Notez que le texte portant adoption du drapeau européen fut signé le 8 décembre 1955, jour de la fête catholique de l'Immaculée Conception mais il n'y eut pas de neuvaine.

Les étoiles à cinq branches évoquent aussi l'homme et ses cinq extrémités, des pentacles dépouillés on l'espère de la gangue magique.

Un gage donné à l'obscurantisme
La référence faite aux 12 signes du zodiaque est aussi problématique car elle serait vue comme une atteinte à l'esprit de raison luttant sans relâche contre les démons de l'obscurantisme. Ce n'est pas parce que nos concitoyens se jettent sur les horoscopes de la presse populaire que le Conseil de l'Europe doit reprendre une référence astrologique, suggérant une dépendance des institutions européennes à un fatum antique.

Un défi pour la laïcité française
Le symbolisme marial sous-jacent, aggravé par la référence directe aux douze apôtres, est une difficulté pour les convictions laïques chères à la France. Les créateurs du drapeau européen auraient dû tenir compte de la sécularisation de la société française et faire preuve de prudence dans les symboles qu'ils manipulaient, même si c'était pour éviter la connotation du nombre de pays membres. En vexillologie, on aurait dû s'attendre à une étoile par territoire sans le besoin de singer les étoiles de l'Immaculée Conception.

Une jeunesse de papier glacé
La brochure du Conseil montre des photographies d'une jeunesse pleine d'enthousiasme en tee-shirts et baskets, le dos au mur d'un bâtiment européen, comme s'éveillant joyeuse d'appartenir à l'Europe. Cette présentation m'a fait penser au timbre-poste sur le programme Erasmus émis en 2008. La réalité des jeunes européens est connue, il suffit de noter l'importance du chômage pour cette catégorie et aussi la précarisation de leurs emplois. Il y a un déni de réalité pour la jeunesse vue par les institutions en Europe. 

En France, cette jeunesse ne peut pas davantage compter sur un patronat plutôt conservateur. La preuve d'amour donnée par la Nation en août 2014 a montré que l'affect n'est pas le tout, le char flamboyant de l'État ne roulant pas pour distribuer des je t'aime moi non plus. Il y a un moment où le cinéma doit cesser, avec un retour à une parole authentique sans démagogie.

Le programme Erasmus,
dans un bloc-feuillet sur les grands projets européens
émis le 1er juillet 2008
(vu sur Phil-Ouest).
Y. Beaujard / La Poste.

L'attachement au projet européen en question
Selon une étude du Pew Research Center en 2013, 41% seulement des Français se disent favorables à l'Union Européenne. Il n'est pas possible de s'attacher à ce drapeau de l'Europe tout simplement parce qu'il ne contient pas la même part d'épreuves collectives, de sang versé, de gloire aussi, que le drapeau tricolore français qui flotte énergiquement par exemple sur le tableau de Delacroix La Liberté guidant le peuple (que nous allons revoir au mois de septembre 2015 avec le timbre-poste Assemblée Nationale).

Vers un Aggiornamento
Nos jeunes peuvent prendre en compte les éléments suivants, il faut bien les aider un peu malgré le désengagement qui est le leur en 2015. L'hédonisme post-moderne entrevu par Gilles Lipovetsky en 1983 (L'ère du vide) les aurait donc rattrapés et fait flotter leurs baskets de luxe en impesanteur sociale.
Le Recours aux forêts est vain.
Les voici fruits pas mûrs, comme issus d'une culture hydroponique, sonnés par le legs débectant de leurs aînés (le package dette publique plus la pollution) et privés - Ô douleur muette ! - du Recours onfrayien aux forêts qui d'une cabane permet d'entendre le bruit de l'eau la nuit. Longtemps avoir le cul sur la mousse ne constituait pas un privilège, désormais si.
  • L'héritage révolutionnaire, heureusement maintenu après l'entêtement du comte de Chambord en 1873 qui voulait encore de son drapeau blanc d'Henri IV, est entièrement contenu dans le drapeau français. Les valeurs de solidarité, de liberté ou de résistance à l'oppression sont toutes présentes dans le drapeau tricolore.
 La plénitude,
c'est très sympa
pour l'oligarchie.

  • La plénitude, évoquée par le Conseil de l'Europe au sujet du drapeau, n'a jamais apporté la justice. Un noble d'Ancien Régime était d'une certaine façon dans une plénitude qui le rendait bien aise des privilèges dont il jouissait. Aujourd'hui, l'harmonie évoquée par le Conseil de l'Europe ne profite souvent qu'à une minorité. Il y a 12 millions de pauvres en Allemagne. Combien en France, combien en Belgique ? Belle plénitude.
  • Les références mariales ou chrétiennes, même sous-jacentes, peuvent questionner une société multiconfessionnelle.

  Où donc est l'harmonie ?

  • L'harmonie des étoiles n'a pas été perceptible récemment pour des questions importantes de prise en compte des flux migratoires ou de règlement des difficultés économiques et sociales de la Grèce. Cette gestion catastrophique par l'Europe conduit à une interrogation, qui peut toucher un jeune avec un simple brevet des collèges, sur le manque de sérieux de ses institutions.

 
Le bloc-feuillet Marianne et l'Europe
émis par la France en novembre 2011 :
on y retrouve des étoiles mais moins que 12.
Y. Beaujard / Phil@poste.

  • Peut-être convient-il de revoir la copie européenne en partant des besoins ressentis par la population française. Les parlementaires français pourraient lancer ce toilettage des fondations, cet audit démocratique de l'Europe telle qu'elle fut construite depuis la déclaration de Robert Schuman il y a 65 ans. Reprendre ligne à ligne l'ensemble du processus pour le mettre en adéquation avec les besoins des années 2015 à 2030, en gardant ce qui est bon, en écartant le reste (que cela plaise ou non à nos partenaires européens) peut apporter.

Revoir la copie à partir
des besoins de la population.

  • Le schéma modeste ci-dessous montre une méthode possible. Bien-sûr l'axe de la souveraineté ne devra pas être le seul déterminant de la réflexion mais une salve idéologique multifactorielle sera à mettre au point par des esprits brillants, pour déborder et surprendre de tous les côtés les tenants d'une Europe du statu quo. Des équipes pourraient même être constituées pour débusquer les incohérences des partenaires européens qui alimenteront à leur tour la réflexion française. Ce dernier aspect ne devrait pas être trop difficile après ce qui a été observé en Europe en 2015.

L'esprit de méthode est français.

  • La démocratie c'est aussi ne pas différer un Aggiornamento laissant la place à l'action, au mouvement, alors que l'euroscepticisme peut paraître n'exister qu'en réaction à un état subi. Si cette dynamique doit mener à une déconstruction partielle de l'Europe : pourquoi pas ? Les gens sont plus ouverts que nos gouvernants sur ce sujet. Il vaut mieux une déconstruction contrôlée qu'une implosion par désaffection progressive. Surtout que nos jeunes se rendent compte que l'Europe libérale a dévalorisé complètement le travail, c'est-à-dire le sens même du début de leur vie professionnelle. Alors, bien-sûr, les eurocrates peuvent encore les croire en tee-shirts et baskets, fiers d'appartenir à une Europe qui leur fabrique un destin de carton.
Quels grands-parents souhaiteraient que l'avenir de leurs petits-enfants soit mis en cause par cette légèreté-là ?
  • En France, le dispositif du Service civique pour les jeunes de 18 à 25 ans pourrait masquer l'abandon d'une jeunesse sacrifiée à 467 euros d'indemnité par mois, préparant la population à des salaires d'avenir avant que ne soit pulvérisé le contrat de travail traditionnel. Le phénomène actuel de « l'ubérisation » donne un vernis moderne à ce qu'autrement on nommerait légitimation de processus de paupérisation. Un travail en miettes va dans le sens d'un hyper-contrôle social et l'Europe construite depuis 1950 n'a là bien-sûr, comme pour la question des migrants en 2015, comme pour la crise financière de 2007, aucune anticipation mais en revanche la Commission européenne passe beaucoup de temps avec les groupes d'intérêts privés...
S'il faut vingt ans pour répondre au souhait des populations, ce n'est pas un obstacle.
  • Il ne s'agit pas d'avoir des joutes oratoires stériles mais concrètement de revoir tout ce qui doit l'être, tranquillement, méthodiquement, en validant à chaque étape les propositions par exemple par référendum. Si ce réexamen complet doit prendre vingt ans, il prendra vingt ans. Pourquoi le craindre ? Pourquoi redouter le débat ? La jeunesse serait immédiatement associée à ce moment collectif de mise à plat dans les collèges, lycées et établissements d'enseignement supérieur. On repart à zéro ; tous les traités seraient comme suspendus durant les travaux démocratiques préparatoires ou leur application soumise à des autorisations nationales, ponctuelles et limitées dans le temps, jusqu'à obtenir une formule un peu satisfaisante à l'horizon 2035. Nos partenaires européens pourraient s'inspirer de la méthode française logique et démocratique. Les bonnes questions s'exportent, ne pas les restreindre à une seule nation serait comme le don d'un pays à tous les autres.
Des territoires « à la carte ».
  • Aussi, des régions d'Europe pourraient souhaiter plus d'autonomie, les rendant aptes à négocier directement avec l'Europe redéfinie les dispositions qui s'appliqueraient ou non à elles. L'idée d'une participation de territoires « à la carte » pourrait être valorisée. Certaines régions françaises rendues plus importantes pourraient en avoir l'objectif dans quelques années. C'est une flexibilité régio-centrée. Déconstruction méthodique par le haut et flexibilité régionale par le bas : ce n'est pas très compliqué.

Le compte Twitter Drapeaux de l'Europe a rappelé la date du 25 octobre 1955, le jour où l’Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe a choisi à l’unanimité un emblème d’azur portant une couronne de douze étoiles d’or.


Voir
Europe : le rêve brisé, sur Le Vif.be le 14 octobre 2015
La construction du drapeau européen, par Anca Chritina Sterie, Revue Horizon sociologique, 2008, indécision et échec seraient les deux caractéristiques du processus.
Brochure Le drapeau européen a 60 ans, les ressources en ligne du Conseil de l'Europe
La vocation européenne de Strasbourg, sur Strasbourg-Europe.eu
Le drapeau européen, sur Europa.eu
La question de la Sarre, Conseil de l'Europe (jusqu'en 1957, avec l'intégration de la Sarre à la R.F.A.)
L'Europe, une histoire d'amour déçu, sur Libération Monde le 13 mai 2013 
ComtedeChambord.fr, au sujet du drapeau blanc en France
L'étoile en héraldique, sur Héraldie qui montre des exemples avec l'étoile présentée comme un meuble luminaire très usité.
« La citoyenneté européenne : une valeur en quête d’identité », Conférence-débat du CDPC sur la citoyenneté, Cycle « Les valeurs du droit public », 14 février 2013, par DENIZEAU Charlotte, sur le site de l'Université Paris II Panthéon-Assas, consulté le 9 août 2015. La citoyenneté européenne apparaît comme une valeur aux contours flous.
Guide graphique de l'emblème européen, par l'Office des publications de l’Union européenne (service interinstitutionnel)

Autres liens pour approfondir l'Europe :
La commission européenne passe 90% de son temps avec les lobbys industriels,  le 15 juillet 2015 sur Basta ! (un média indépendant pour compléter la vision des grands médias habituels)
Le drapeau européen revisité par Banksy, sur France Culture le 31 août 2015 (douze corps humains, noyés d’avoir tenté de fuir la guerre et la misère).
Ce billet a été mis à jour le 16 octobre 2015.

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