Drop Down MenusCSS Drop Down MenuPure CSS Dropdown Menu

16 septembre 2015

Les réfugiés cherchent une terre d'accueil

L'Europe improvise (billet long)

Les premiers réfugiés syriens et irakiens sont arrivés en France le 9 septembre 2015. L'Europe, incapable de la moindre anticipation et de s'entendre rapidement sur la ligne à adopter, tente d'accueillir aujourd'hui des centaines de milliers de personnes fuyant des conflits pour nous périphériques. L'impréparation a été totale. L'Allemagne ne sait plus où elle en est : ses belles entreprises trop écoutées par la chancelière et sa majorité veulent s'accaparer une main d'œuvre nouvelle malgré les 12 millions de pauvres à domicile. 

L'usage des mots quotas (connoté comme l'a rappelé avec justesse le premier ministre) et tri montre à quel point l'improvisation prévaut. N'est-ce pas le drapeau européen, avec ses douze étoiles, qui représente la plénitude et la perfection ?

L'année mondiale des réfugiés,
une émission belge du 7 avril 1960.
J.Van Noten / J. De Bas / Poste de Belgique.
 

Les causes possibles de l'impréparation
Voici quelques causes possibles de l'impréparation de ce qui est aussi une catastrophe technocratique pour l'Union européenne, ses dirigeants et ses hauts fonctionnaires :
  • l'incompétence et la légèreté des élites préférant le luxe et l'apparence médiatique à la lucidité et à l'étude austère des dossiers,
  • l'intention délibérée : le patronat allemand souhaiterait exercer une pression à la baisse des salaires sur le continent en mettant les populations d'Europe devant le fait accompli,
  • la peur de "l'appel d'air" : prévoir serait dire clairement au monde notre ouverture à la migration,
  • l'obnubilation sur le maintien ou non de régimes anti-démocratiques qui se réalise au détriment d'une réflexion géostratégique,
  • les préoccupations de police intérieure liées au terrorisme qui font oublier les mouvements migratoires de populations de réfugiés,
  • la trouille des extrêmes en évoquant le sujet,
  • le chaos migratoire comme forme supérieure de la crise du spectacle marchand, à un niveau d'analyse marxiste (voir dans les liens de fin de billet),
  • la trop grande attention portée à la crise financière grecque : il y a eu une crispation des négociateurs en Europe, incapables de mener parallèlement une veille attentive à la marche du monde.
Rappelons que l'Europe disposait de tous les moyens pour anticiper la crise : experts, matériels, budgets, locaux, statistiques, remontées des gouvernements et des ONG, diplomatie et liens internationaux.

Je tire le fil. Il vient immédiatement une question à un sou pour notre sécurité : si l'Europe n'a pas vu cela, que peut-elle voir ?

Un parcours d'obstacles
Les réfugiés connaissent un parcours entre barbelés à la frontière, regroupements dans des conditions difficiles, marches exténuantes le long de voies ferrées, nuits en gares, le tout dans des conditions de sécurité pour les familles dont on ne sait rien. Il a été fait usage de gaz lacrymogènes le 16 septembre 2015 contre les réfugiés en Europe. Voilà pour les survivants. Il y a encore eu hélas 22 morts par naufrage au large de la Turquie le 14 septembre 2015, des migrants qui tentaient de rejoindre l'île grecque de Kos.

Le traumatisme des attentats
Cette crise migratoire intervient à un mauvais moment pour la France, après plusieurs attentats sur son sol depuis le début de 2015. Dans l'esprit général, l'idée d'un contrôle accru aux frontières et celle de libertés remises en cause pour répondre au besoin de sécurité commençaient à faire leur chemin. La fin de l'insouciance était là bien avant l'afflux de migrants. L'élan des imposantes manifestations contre la terreur en France le 11 janvier 2015 ne se traduit pas huit mois après par une générosité envers les réfugiés.
 
Quelques titres de la presse française
le lundi 12 janvier 2015.

Peu de moyens
Beaucoup de villes de France ne disposent pas de moyens réels pour répondre dans de bonnes conditions à l'accueil de réfugiés, rendant compliquée sur le terrain l'application de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés. L'aide de 1.000 euros par place d'hébergement créée attribuée aux communes françaises d'ici 2017 pour l'effort de solidarité semble faible. Il faut héberger, accueillir, soigner, former, employer pour intégrer les réfugiés. Les maires qui vont donc faire l'effort concret puiseront sur d'autres postes du budget communal, nécessairement, surtout que l'État est toujours tenté de transférer de nouvelles charges aux collectivités locales. Un endettement supplémentaire de ces dernières et une hausse de la fiscalité locale ne sont pas la solution. Il semble que la diminution de l'aide au logement dans le budget 2016 viendra financer en partie le coût de l'aide aux réfugiés.

 L'engagement de la France pour les réfugiés :
le nombre de places proposées est sous-estimé,  
le montant de 1.000 euros par place d'ici 2017 est insuffisant.

Pourtant la France a déjà connu une importante vague de réfugiés dans son histoire avec la Retirada espagnole en 1939.  Cette question de l'accueil se voit liée à celle de l'intégration qui elle-même renvoie assez vite à celle d'une identité nationale, avec les dérives regrettables de ce débat ancien en France.

Le nombre de réfugiés accueillis ou à accueillir est désormais fixé à 30.000 pour la France, au 26 septembre 2015.

Le tri des migrants semble irréaliste
Le discours dominant indique qu'il faudrait trier les réfugiés politiques, ceux de guerre et les migrants dits économiques. Ces derniers seraient encouragés par la globalisation qui développe les "illégalismes", sur fond d'acceptation de la précarité, selon un article de Mondes sociaux du 15 septembre 2015. Mais je serais derrière ma table dans ces "hotspots" ou centres de tri et d'accueil pour recevoir ces gens qui ont souvent tout perdu et déterminer à quelle catégorie ils peuvent appartenir, comment savoir ? 

Il s'agira donc d'un tri en fonction de la zone déclarée de provenance : Kosovo non, Syrie oui, Irak et Libye peut-être ? Toute la Libye n'est pas une zone de guerre. Et les Syriens qui quitteraient la Jordanie où ils s'entassent, décidant de rejoindre l'Europe dans un ou deux ans, seraient-ils toujours des réfugiés ? Probablement oui (les réfugiés sur lesquels le HCR exerce son mandat).

S'il y a 800.000 personnes au moins (voir l'article du New York Times cité en fin de billet) qui demandent à bénéficier du droit d'asile en Europe, on ne peut pas passer six jours sur chacune pour mener une enquête sérieuse je suppose. Le discernement est  difficile quand certains migrants se mettent à mentir.

 Les prévisions du HCR sont pour l'Europe
de 700.000 migrants en 2015 
et de 700.000 migrants à nouveau en 2016.
(entendu sur la chaîne de télévision France 24 le 1er octobre 2015).

Donc à la fin, ce sera un coup de tampon sur une impression, vu le nombre. Et encore pour que ce procédé de tri soit crédible, il conviendrait que l'espace Schengen cesse parallèlement d'être une passoire via l'Italie ou d'autres points d'entrée dans l'Union. Un parti centriste déclare que cet espace Schengen n'existe plus, "est mort", dans son intervention lors du débat à l'Assemblée Nationale le 16 septembre 2015. La notion de tri paraît plutôt un habillage médiatique qui ne résiste pas deux minutes à l'analyse. 

La générosité devra donc s'appliquer plus largement qu'une vue étroite et peu pragmatique le concevrait. Pour autant, une situation tendue comme celle visible à Calais, avec des actes violents répétés, est inacceptable.

Le multiculturalisme est inexistant en France
Le multiculturalisme n'est pas une réalité en France. Il se trouve différentes sociétés qui cohabitent à l'intérieur du pays mais qui n'ont pas grand chose à se dire. Le coût de l'immobilier, l'abysse entre les nombreux athées ou agnostiques et les religieux, le clivage entre Paris et la Province, celui entre Paris et ses banlieues, entre les manants et les mobiles pour reprendre une distinction du philosophe Olivier Rey, la compétition sociale sont des facteurs qui séparent les communautés sans qu'un décret le décide. Pour autant, il ne s'agit pas d'un climat de guerre civile mais plutôt d'un cloisonnement tranquille compatible avec la vague idée que beaucoup se font d'une Nation. Il est des constructions qui tiennent longtemps sans ciment.

La crise des réfugiés dont les effets arrivent en Europe en 2015 ne changera rien de ce point de vue en France. Les mêmes endroits seront concernés hélas par les mêmes défis et difficultés et les maires se débrouilleront comme ils peuvent. Les Français dès qu'ils auront quatre sous de plus iront s'installer dans des territoires jugés "meilleurs", ce qui accroît les inégalités. À Paris des calculs montrent une différenciation s'opérer à la station de métro près. Voir les données de DataParis.

L'intégration des nouveaux réfugiés sera bâclée
Précipitation
Une fois que les projecteurs de l'actualité se seront détournés des migrants, on se rendra compte dans quelques années de l'insuffisance en France de l'intégration puisque les moyens sont réduits. La répartition de 120.000 personnes décidée à la va-vite par l'Union Européenne le 22 septembre 2015 ne va pas dans le sens d'une qualité de l'intégration.

"La France c'est bien pour visiter
mais pas pour l'emploi"
lu dans Le Courrier de l'Atlas le 21 septembre 2015. 

Les élites actuelles françaises auraient du mal à réaliser que le discours traditionnel "La France, terre d'accueil" n'est plus audible. La crise migratoire serait alors révélatrice d'un état de crispation d'une société entière, une société très différente de l'Allemagne. La faiblesse de popularité d'un exécutif en 2015 empêche une pédagogie de passer. 

Défiance envers les élites
Décalage
La crise migratoire peut accentuer le décalage déjà élevé entre les élites et la population, jusqu'à faire de l'élection présidentielle de 2017 une soupape insuffisante, quel qu'en soit le résultat. Le rapport du groupe de travail sur l'avenir des institutions présenté à l'Assemblée Nationale le 2 octobre 2015 arrive tardivement. C'était il y a quinze ans qu'il fallait avancer, au lieu de mettre en place un quinquennat trop vite ficelé par crainte d'une cohabitation. Le vote obligatoire couplé au retour du mandat impératif, l'un allant avec l'autre désormais, après modification de la Constitution (l'article 27), vient aujourd'hui à l'esprit mais il n'a pas été retenu par le groupe de travail il semble.

Ce groupe de travail proposerait notamment moins de députés, une limitation du nombre de mandats, un septennat non renouvelable, une dose de proportionnelle et la fusion du Sénat avec le Conseil économique social et environnemental. 

Vers le mandat impératif ?
Le mandat impératif est logiquement évoqué parce que les points des programmes des partis politiques français ne sont pas toujours ceux qui se trouvent appliqués une fois le pouvoir obtenu, on le sait. Le mandat impératif est l'enfant non désiré de la trahison et de l'espérance, si vous voulez. 

Il est plus difficile à manier que l'introduction de la proportionnelle car plus exigeant, mais préférable à une langueur volontaire du corps électoral. L'abstention devient un contre-pouvoir lucide, y compris chez des électeurs bien informés et diplômés ; la moindre contrariété fiscale, sociale, environnementale, ou quoi que ce soit pourrait ajouter de l'énervement à la désaffectation signifiante (ça peut devenir une machine à délégitimer).

Le souhait de décloisonner la société française, de libéraliser d'un assez jeune ministre du gouvernement actuel de la France pourrait aller dans le sens du retour du mandat impératif. La fin de la représentativité est philosophiquement compréhensible, surprenante pour les élus mais tellement innovante. Les cursus électoraux anciens disparaissent et les énergies se libèrent, au fond... Pourquoi libéraliser moins quand on peut libérer plus, hein ? Bon, utiliser un libéralisme politique pour remettre en selle une formule qui fut en usage lors de la Commune de Paris ne choquera pas puisque cela peut se penser comme une solution pour diversifier une caste monopolisant les rouages de l'État (beaucoup ne rempliraient pas les critères précis pour terminer leurs mandats).

Il est dommage que les électeurs ne songent pas davantage au retour du mandat impératif quand on les interroge, plutôt que de demander une meilleure prise en compte du vote blanc. Le rendez-vous avec la démocratie directe ne se réalisera pas d'ici 2017 et les programmes des partis politiques vont d'après les premiers indices manquer de profondeur pour la suite ; par conséquent les années 2017 à 2022 chercheront sans la trouver une densité.

Les solutions se bricoleront d'une manière périphérique, improvisée, chacun dans la société civile fera au mieux dans un environnement chamboulé par la montée du numérique et la crise de la confiance. Il est des périodes dans l'histoire où les choses se défont d'abord, se délitent, l'ordre ancien mettant un certain temps à réagir, un certain temps à naître à la réalité nouvelle, à voir tout simplement. En attendant, la société se fait addition de laboratoires à petits budgets, où chacun expérimente et navigue à vue en l'absence durable de cap donné au navire. Et les craintes ne sont pas un cap pour une collectivité bien-sûr même si elles font vendre du papier.

Ainsi, la crise migratoire se lie à une réflexion sur l'état des relations entre un pouvoir et les citoyens : une crise appuie sur le bouton non cicatrisé d'une autre.

L'Europe a fait n'importe quoi
La démocratie n'est pas un produit d'exportation
L'afflux de migrants à partir de 2015 est la conséquence d'une politique étrangère sans envergure menée par l'Europe depuis des années, s'illusionnant sur le caractère exportable de la démocratie aux marches de l'Empire. 

Le retour à la géopolitique
La présence d'une technocratie européenne, trop traditionnelle, empêcherait une réflexion géostratégique lucide au service des peuples de ce continent. L'option de la fin de cette technocratie pourrait ne pas être une gêne. Les Français ont jeté à bas la monarchie absolue, quelques quarterons de technocrates ne constituent pas un obstacle historique.

Se servir de cette crise pour préparer les suivantes
La France se servira, espérons-le, des enseignements de cette crise migratoire pour anticiper, sans attendre l'Europe, des mouvements à venir et étudier quels moyens affecter par exemple du côté de la Méditerranée d'ici à 2030.

Plusieurs émissions existent sur le thème des réfugiés, j'en montre deux de 1960 pour l'année mondiale des réfugiés.

L'année mondiale des réfugiés
vue par les Pays-Bas le 7 avril 1960.

Voir
Face à l'afflux de migrants, les Autrichiens s'arment ! sur Agence Info Libre le 30 octobre 2015
Pourquoi certains migrants sont-ils amenés à mentir ? sur Le Vif.be le 3 octobre 2015
Le chaos migratoire, comme forme supérieure de la crise du spectacle marchand, par F. Cousin, sur l'Agence Info Libre le 24 septembre 2015. L'auteur marxiste oppose la philosophie de la génuflexion, du rampé, à la philosophie de la subversion. La "mise en orchestration du faux" y est dénoncée.
Pour les réfugiés, la France c'est bien pour visiter mais pas pour l'emploi, sur Le Courrier de l'Atlas le 21 septembre 2015
Comment l'État fait la différence entre réfugiés et migrants économiques, sur Huffington Post le 23 septembre 2015
The Scale of the Migrant Crisis : from 160 to Millions, un article du New York Times le 10 septembre 2015
Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides (OFPRA)
Réfugiés et philatélie, Chez Sebphilatélie le 6 septembre 2015
Le thème des réfugiés, sur Stampcommunity.org
Les marches des réfugiés en Europe, sur l'e-veilleur du 21 au 27 septembre 2015

Ce billet a été mis à jour le 30 octobre 2015.

0 commentaire:

Il n'y a pas encore de commentaires.
Soyez le premier à réagir !
Un billet proposé