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6 octobre 2016

Catherine de Médicis

Une reine de France exceptionnelle

Après 2015 évoquant Charlemagne, la France a émis le 6 juin 2016 un timbre-poste représentant Catherine de Médicis, reine de France, dans un bloc-feuillet de la série commencée en 2012 Les grandes heures de l'histoire.

Cette femme cultivée et mécène, mère de trois rois, menait grand train. L'historien Ivan Cloulas nous apprend que, dès la mort de son époux Henri II en 1559, la reine commandait à ses tailleurs de coûteuses robes pour afficher un deuil somptueux. Catherine disposait d'un lot de bijoux évalués à 27.900 écus d'or, dont un grand diamant taillé en table. Au XVIe siècle, la brillante cour de France voyageait constamment : Catherine de Médicis disposait de trois cents lieux différents pour ses séjours. Ses legs testamentaires furent à la mesure des dettes accumulées : énormes.

Catherine de Médicis (1519-1589), reine de France,
une émission du 6 juin 2016 dans le bloc
Les grandes heures de l'histoire.
Louis Boursier / Phil@poste.

Superstitieuse, la reine Catherine de Médicis affectionnait les sciences occultes mais terminait de nombreuses lettres en priant Dieu d'avoir son correspondant « en sa saincte et digne garde ».

Les armoiries de Catherine de Médicis,
détail d'un vitrail au château de Chaumont-sur-Loire (Loir-et-Cher).
On y retrouve les six tourteaux du blason des Médicis après 1465. 
(photo : JD).

Le vitrail avec les armes de Catherine de Médicis ci-dessus semble reprendre des armoiries conservées à la B.N.F. et datées de 1567. Voir la base Bibale avec aussi la devise Ardorem Extincta Testantur Vivere Flamma, feu brûlant devant un rideau de larmes, signifiant l'ardent amour que la reine portait au feu roy. Ajoutons : malgré les infidélités de Henri II. Quelques rares reliures restées aux armes de Catherine de Médicis, femme bibliophile, se trouvent à la bibliothèque du château de Chantilly.

Il est dit qu'il y avait sous Charles IX 30.000 personnes adonnées à la pratique des sortilèges dans le royaume. C'est le filon sulfureux des racines romancées de la France, moins mis en avant que l'aspect gaulois. Dans un billet de 2013 (cité dans mes liens de fin de billet) au sujet du château de Chaumont-sur-Loire, j'avais évoqué l'usage de la catoptromancie ou divination par les miroirs. Ci-après vous trouverez une représentation de cette scène extraordinaire vue sur le site de la Bibliothèque de New York. De L'ouvrage Singularités historiques, sous la plume de J.A. Delaure en 1825 :
« Le triomphe de l'astrologie ou de la magie en France, fut complet sous les règnes de Catherine de Médicis, et des rois, ses fils [...]. Catherine de Médicis faisait elle-même profession de cette science superstitieuse. La colonne, qu'on a conservée à la halle aux Farines, lui servait d'observatoire. Cette princesse portait sur son estomac une peau de vélin ; d'autres disent d'un enfant écorché, semée de figures, de lettres et de caractères de différentes couleurs, ainsi qu'un talisman [...]. Avec ce talisman, elle croyait pouvoir gouverner souverainement et connaître l'avenir : il était composé de sang humain, de sang de bouc et de plusieurs sortes de métaux fondus ensemble, sous quelques constellations particulières qui avaient rapport à la nativité de cette princesse ». Voir Gallica BNF.
Catherine de Médicis, reine de France,
une émission du 6 juin 2016.
Louis Boursier / Phil@poste.
 
La scène de la catoptromancie :
Catherine de Médicis et son mage, peut-être Cosimo Ruggieri.
The Miriam and Ira D. Wallach Division of Art, 
Prints and Photographs: Print Collection, The New York Public Library.
Catherine de' Medici. 
Retrieved from Digital Collections The New York Public Library.

Je lis avec vous : « On dit que la Reine Catherine avoit beaucoup de commerce avec les Sorciers et Magiciens qui lui faisoient voir dans un Miroir enchanté ceux qui régneraient en France à l'avenir. Elle vit d'abord Henri IV, ensuite Louis XIII, après Louis XIV et enfin une troupe de Jésuites (?) qui devoient abolir la Monarchie et gouverner eux mesmes ».

C'est une version différente de la scène du miroir, support de clairvoyance peut-être en cuivre (à chaque métal correspondait une des planètes connues), qui évoquait les règnes successifs de trois des fils de Catherine. Notez la présence d'une lampe produisant une fumigation, d'un chat qui n'était pas encore un « Lolcat » et d'un crâne humain disposés sur un cercle magique orné de symboles alors que l'opérant, sans doute patiemment préparé pour cette mancie (avec mortification et invocations), tient fermement une baguette.

Une nuit sans Lune, imaginez au début de l'an de grâce 1560 le feu crépitant dans l'âtre au château de Chaumont-sur-Loire. S'agit-il, chers lecteurs, du lieu de ces opérations magiques qui agrémentent délicieusement le roman national, nous attachent à ce que la nature a de puissance insoupçonnable, et pour lesquelles nulle attrition n'est las à l'ordre du jour ? Mystère.

 Une cheminée d'une pièce du château de Chaumont-sur-Loire,
une chambre attribuée à l'astrologue Ruggieri.
(photo JD).
 
On aperçoit la colonne Médicis haute de 31 mètres sur la droite du timbre-poste, seul vestige de l'hôtel de la reine à Paris. Le 10 juin 1549 est la date du sacre de Catherine à la basilique de Saint-Denis, lieu où se trouve sa dépouille seulement transférée de Blois vingt et un ans après sa mort, selon Ivan Cloulas. Cette basilique figure sur un bloc-feuillet émis par la France en mars 2015.

Catherine de Médicis,
la femme la plus puissante de l'histoire de France ?

Notez qu'une bande dessinée parue en 2015 Catherine de Médicis par Gabella et Martinello, conseillés par Villard, dans la collection Ils ont fait l'histoire, se propose de relativiser la légende noire de la reine.

La bande dessinée : Catherine de Médicis,
par Gabella, Martinello et Villard chez Glénat / Fayard.

Aujourd'hui l'historiographie semble aller dans le sens d'une réhabilitation du rôle de Catherine de Médicis. Néanmoins nous nous plaisons à voir encore en elle une sombre régente, ce personnage qui portait scandaleusement sur son estomac un vélin au contenu criminel, et dont la présence méphitique trouble pour des siècles l'illusion d'une conception proprette de notre histoire !

Huile sur toile Un matin devant la porte du Louvre,
par Édouard Debat-Ponsan (musée du Louvre, 1880).
La reine noire impassible est devant son œuvre : la Saint-Barthélemy.

L'autre timbre-poste figurant sur le bloc-feuillet concerne le camp du Drap d'Or en juin 1520.

Voir
La Boutique de La Poste
Phil-Ouest
Catherine de Médicis, portrait par Sylvanie de Lutece sur Balthazare-magazine
Catherine de Médicis, 2000 ans d'histoire, sur France Inter le 26 octobre 2015
Biographies de Catherine de Médicis, sur Info-histoire.com
Glenatbd.com
La colonne Médicis, sur Brèves d'Histoire
Escapade à Chaumont-sur-Loire, un billet du 24 juillet 2013
Le château royal de Blois, un billet du 21 septembre 2014
Constance d'Arles, reine de France, un billet du 31 mars 2015 (avec la basilique de Saint-Denis)

Retrouvez la série Les grandes heures de l'histoire sur OLT :
Charlemagne en 2015
Louis IX et la bataille de Bouvines en 2014
La prise de Tournoël et la bataille de Muret en 2013
Clovis et Sainte-Genevière en 2012

Ce billet a été modifié le 9 octobre 2016. 

2 commentaires:

blogdetimbrofil a dit…

Eh bien, j'aimais lire cet article, en particulier parce qu'il m'a rappelé le voyage en France et visite du château de Blois, que j'ai eu l'occasion de les faire il y a quelques années. A bientôt! Catalin

Jean Deschamps a dit…

J'ai visité Blois il y a six ans. Je signale que la nouvelle édition du guide du château vient de paraître le 1er septembre 2016.
Je donne le lien vers le site de l'association des Amis du château et des musées de Blois :
association des Amis du château.

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